A l’enseigne du sapin rouge

Les écureuils profitent abondamment de l’épicéa en hiver, mais aussi en été. A la belle saison, quand la nourriture se fait rare, les rongeurs déterrent les cônes qu’ils ont enfouis en automne, ou s’attaquent aux cônes non encore mûrs. / © Gilbert Hayoz

L'écureuil trouve plus que des cônes sur l'épicéa. Pour lui, l'arbre est un buffet, dont il jouit tout au long de l’hiver. A l'abri des intempéries.

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Un froid mordant enveloppe les arbres. Blotti au fond de son nid, l’écureuil hésite à sortir. Tôt ou tard il devra s’y résoudre pour manger. Heureusement, il n’aura pas à descendre dans la neige : à quelques bonds de là, il peut compter sur une table bien garnie, l’épicéa ou sapin rouge.

Garde-manger géant

L’arbre est immense. Sa cime domine l’horizon. Ses longs bras chargés d’aiguilles vert sombre n’en finissent pas de s’étaler. Au bout de chacun d’eux s’agglutinent des dizaines de cônes bruns et lourds : une manne providentielle pour l’écureuil. Chaque fruit contient des dizaines de graines à haute valeur nutritive dont l’animal raffole.
Installé à proximité du tronc, à l’abri de la bise et des regards, l’écureuil fait tourner le cône entre ses doigts et ronge une à une les écailles solidement imbriquées. Sous chacune d’elles, deux délicieuses amandes qu’il engloutit prestement. Après en avoir fait le tour, l’écureuil lâche son butin qui, réduit à un axe effiloché terminé par un toupet, tombe sur un sol déjà tapissé d’écailles.

Menu juteux

L’épicéa recèle d’autres friandises. Comme par exemple les bourgeons à fleurs sur le point d’éclore, dont l’écureuil se délecte après avoir sectionné d’un coup de dent les jeunes rameaux de l’année. Il apprécie aussi les galles ananas, petites déformations de la tige provoquées par la piqûre d’un puceron. Il lui arrive enfin de ronger le tronc, près de la cime, pour consommer sève et bois neuf.

Petits dégâts

Au siècle dernier, ces menues déprédations ont valu aux écureuils le courroux des forestiers. En France, leur tête était encore mise à prix dans les années 70 : chaque animal tué rapportait un franc au garde-chasse. En 1979, le bon sens et la sympathie qu’inspire cet animal ont pris le dessus. Actuellement, il bénéficie dans la plupart des pays d’Europe d’une protection partielle. En d’autres termes, il ne pourra être chassé que si une surpopulation ponctuelle cause de sérieux dommages aux forêts.

Epicéa, le mal aimé

Inutile de s’en cacher, les naturalistes n’aiment pas l’épicéa autant que l’écureuil ! Ce n’est pourtant pas de la faute de cet arbre si, à une époque encore récente, les forestiers ne juraient que par lui, au point de remplacer, en plaine comme en montagne, les belles forêts mélangées par des champs d’épicéas alignés en rangs d’oignons. Tristes monocultures où même le renard n’aime pas s’attarder. Il n’y peut rien non plus si ses aiguilles acidifient le sol, transformant le sous-bois en un véritable désert biologique ! Lui, l’épicéa, ce qu’il aime, c’est la moyenne montagne. C’est là qu’il vit et pousse naturellement, pour le plus grand bonheur du roitelet huppé, de la mésange huppée … et de l’écureuil.

Couverture de La Salamandre n°164

Cet article est extrait de la Salamandre
n° 164
Octobre - Novembre 2004
Article N° complet

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