7 infos insolites sur la cistude

La cistude emmène sa maison partout, même sous l'eau! / © Hellio - Van Ingen

Notre petite tortue d'eau douce a bien des histoires à nous raconter. Faits étonnants sur la cistude, de l'histoire politique allemande à la presque ressuscitation de tortues frigorifiées.

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Bazar génétique

Une étude sur l’ADN mitochondrial des cistudes allemandes donne un éclairage étonnant de l’histoire politique de ce pays. Presque toutes les tortues échantillonnées à l’est de l’ancien rideau de fer appartiennent à la souche locale est-européenne. En revanche, en ex-RFA, toutes sortes de cistudes d’origines diverses coexistent. Cet imbroglio génétique révèle la liberté avec laquelle les Allemands de l’Ouest ont pu voyager, transporter des animaux et aussi relâcher n’importe où dans la nature d’éventuels souvenirs de vacances devenus encombrants. Des tortues exotiques souvent, mais aussi parfois des cistudes.

Vive les nénuphars

Les graines du nymphéa blanc se dispersent sur l’eau en flottant grâce à de petites poches d’air. Mais comment coloniser d’autres étangs ? Sans poils ni aspérités, ces graines ne peuvent pas s’accrocher à la fourrure ou aux plumes des animaux de passage. Et elles ne résistent pas à l’estomac des canards… En revanche, on a découvert qu’un passage dans le tube digestif d’une cistude stimule leur pouvoir germinatif. Cela tombe bien car la tortue bourbeuse, loin d’être une carnivore exclusive, croque volontiers du nénuphar.

Jardin sur carapace

Depuis quelques années, on signale de plus en plus de cistudes à la carapace et aux membres recouverts d’algues filamenteuses. La faute à des étangs de plus en plus pollués. Des scientifiques de la Tour du Valat en Camargue ont récemment recensé pas moins de 49 espèces d’algues différentes sur ce substrat inattendu. Ce manteau végétal améliore sûrement le camouflage des cistudes, mais on craint qu’il gêne la respiration cutanée, vitale durant l’hibernation.

Crayonné de cistude d'Europe / © Denis Clavreul

Jusqu’en Suède

Il y a 9800 ans, avec le réchauffement du climat qui suit la fin de la dernière glaciation, des cistudes passent par la Manche encore partiellement à sec pour coloniser le sud de la Grande-Bretagne. D’autres traversent la Baltique sur un isthme qui rattache alors le Danemark à la Suède pour peupler une partie de la Scandinavie. 4300 ans plus tard, une légère diminution des températures moyennes estivales empêche probablement la maturation des œufs et les fait disparaître de Suède. Quelques siècles encore et le climat se réchauffe à nouveau mais impossible de revenir : c’est désormais un bras de mer qu’il faudrait traverser depuis le Danemark.

Ration de survie

En Hongrie, il arrive parfois qu’on trouve en plein hiver quelques carapaces de tortues partiellement dévorées autour d’un petit trou dans la glace. C’est la signature de la loutre. Quand les hivers sont très rigoureux et que les poissons disparaissent dans les profondeurs, le mustélidé peut se rabattre sur des cistudes dont il parvient à ronger la tête et les membres, faute d’ouvrir leur carapace.

Six mois sans air

La cistude passe tout l’hiver enterrée dans le fond vaseux de son étang, parfois sous la glace. Pas une fois, elle ne remonte respirer à la surface. Miracle ? Sa peau est couverte de minuscules protubérances remplies de capillaires sanguins finement ramifiés. L’oxygène dissous dans l’eau peut ainsi diffuser dans le sang de l’animal. Une circulation d’eau a également été établie entre le nez et la bouche et du côté des vessies lombaires, ce qui ravitaille les muqueuses en oxygène. C’est sans doute très peu, mais juste assez pour tenir six mois sans poumons avec l’ensemble du métabolisme réduit au strict minimum.

Ressuscitées

Elle a besoin de chaleur… mais la cistude peut aussi résister à des froids extrêmes. Lors du terrible hiver 1984-85, un éleveur de tortues brise l’épaisse couche de glace qui recouvre son bassin. Quelques individus ont survécu recroquevillés dans la vase, mais il y a aussi quatre corps qui flottent à la surface, les membres et le cou ballants. Une fois qu’il a ramené tout ce petit monde au chaud et au sec, il vient à l’idée du passionné de leur pincer vigoureusement les pattes. Surprise : en quelques heures de soins attentifs, les laissées pour mortes se réveillent progressivement.

Couverture de La Salamandre n°235

Cet article est extrait de la Salamandre
n° 235
août - septembre 2016
Article N° complet

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