3000 ans de découvertes sur les plantes

Campanule cervicaire (Campanula cervicaria) / © Gilbert Hayoz

Les premiers naturalistes sont catégoriques: les plantes n'ont pas de sexualité. Petit à petit, l'idée de son existence a germé jusqu'à devenir un critère de classification du végétal.

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VIIIe siècle av. J.-C.

L'homme semble avoir longtemps soupçonné l'existence d'une sexualité chez les plantes. Au VIIIe siècle av. J.-C., les Assyriens pollinisaient déjà leurs palmiers dattiers en secouant des fleurs mâles au-dessus de fleurs femelles. Pourtant, en Europe, la réalité du sexe chez les végétaux ne sera véritablement admise que 2400 ans plus tard.

350 ans av. J.-C.

Aristote admettait que la graine permet aux plantes de procréer, mais sans spéculer sur la façon dont elle était produite. Le philosophe est à l'origine de la théorie de la génération spontanée. Pour lui, certaines plantes étaient issues d'autres plantes et certaines naissaient spontanément de la terre. Il faudra attendre le XIXe siècle et les expériences de Pasteur pour prouver que la vie ne peut pas surgir ainsi d'une matière inerte.

300 ans av. J.-C.

Elève d'Aristote, le philosophe grec Théophraste a développé des théories botaniques tenues pour vérités durant deux mille ans. Bien qu'il ait connu la technique de reproduction artificielle des dattiers, il resta campé sur l'idée que les plantes étaient dénuées de toute activité sexuelle.
Cette croyance en un règne végétal pur et vierge s'est perpétuée chez les Romains. Dans Les Métamorphoses d'Ovide, on peut lire que, piqué par la flèche de Cupidon, le dieu Apollon tomba follement amoureux de la nymphe Daphné. Il la poursuivit pour s'unir à elle, mais la belle fuit ses avances à toutes jambes. Arrivant exténuée au bord du fleuve Pénée, elle supplia son père, le dieu rivière du même nom, de l'aider. Ce dernier la transforma alors en laurier, sauvant ainsi pour toujours son innocence.

1853

A la fin du Moyen Age, le botaniste italien Césalpin perpétue toujours les conceptions aristotéliciennes en niant la sexualité des plantes. A son époque, même les principes basiques de la sexualité animale n'étaient pas clairement établis. Comme l'indique le botaniste Jean-Marie Pelt, « une vision agricole de la reproduction avait cours. Ainsi, on pensait que l'homme ensemençait littéralement la femme, cette dernière n'étant qu'un terrain fertile. » Une ignorance complète régnait quant à l'existence et à l'importance de l'ovule chez les animaux et à plus forte raison de l'oosphère chez les végétaux.

1682

« C'est au tournant des XVIIe et XVIIIe siècles que l'activité sexuelle des plantes commence réellement à émoustiller les botanistes » , affirme Denis Lamy, historien des sciences au Muséum national d'Histoire naturelle de Paris. Le botaniste et médecin anglais Nehemiah Grew mentionne pour la première fois la fonction mâle de l'étamine en 1682. Quatre ans plus tard, l'hypothèse est reprise par son compatriote John Ray qui précise toutefois qu'aucune preuve n'a encore été apportée à cette idée provocatrice.

1694

On doit la première démonstration d'une sexualité chez les végétaux à l'Allemand Camerarius. Ce professeur de médecine fait notamment ses expériences sur la mercuriale annuelle, une plante monoïque, c'est-à-dire dont les individus sont soit mâles, soit femelles. Après avoir ôté les étamines des fleurs mâles, il observe que les fleurs femelles des plants voisins ne produisent pas de graine et restent par conséquent stériles.

Fin du XVIIIe siècle

La grande majorité de la communauté scientifique reste sourde à la démonstration de Camerarius. Joseph Pitton de Tournefort, qui occupe alors la chaire de botanique du Jardin du Roi, l'actuel Jardin des Plantes, contredisait vigoureusement cette découverte. Voilà ce qu'en dit Denis Lamy: « Le savant était convaincu que le pollen n'avait aucun rôle reproducteur. Au contraire, il prétendait que les étamines avaient pour mission d'excréter le surplus de sève de la plante. Le pollen ? Un excrément. »

1710

Elève de Joseph Pitton de Tournefort, Sébastien Vaillant doit attendre la mort accidentelle de son maître pour pouvoir travailler sur la question sexuelle. Il étudie la reproduction du pistachier. Ses conclusions sur les relations sexuelles des fleurs mâles et femelles suscitent alors des réactions outrées de l'Eglise.

1735

Le célèbre naturaliste Carl von Linné jette les bases d'un système de classification universel des végétaux sur la base de leurs caractéristiques sexuelles. L'éminent Suédois ne comprenait pas les mécanismes de la fécondation qui seront mis en lumière grâce à l'utilisation du microscope. Pour lui, la réalité des élans sexuels des plantes ne faisait cependant aucun doute. A l'époque, certains cours et livres de botanique furent interdits aux femmes tant les descriptions des ébats du pollen et des stigmates paraissaient inconvenantes.

Couverture de La Salamandre n°214

Cet article est extrait de la Salamandre
n° 214
Février - Mars 2013
Article N° complet

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