Vivre en Hobereau

Le faucon hobereau chasse avec aisance les insectes et petits oiseaux en plein vol. / © Jean Chevallier

Chasseur d’insectes comme d’oiseaux, le faucon hobereau est un voilier hors pair. Rencontre en trois temps avec un rapace discret et peu connu.

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16 juin

Rapide, souple et puissant, le vol du hobereau est un bonheur, mais difficile à suivre aux jumelles. En quelques coups d’ailes, l’oiseau corrige sa trajectoire, reprend un peu de hauteur ; un plané, un piqué, une virevolte et l’éclat rouge des plumes ventrales témoignent d’une capture. Porté par les courants chauds, l’acrobate passe des heures à cueillir des fourmis en train d’essaimer. Ce soir, un air plus frais maintient les insectes près du sol. Les faucons se rassemblent alors sur les étangs riches en libellules.

29 juin

Petit chasseur de haut vol, le faucon hobereau n’en passe pas moins la majeure partie de son temps perché. Aujourd’hui, posté en lisière sur un grand chêne mort, il surveille un vaste territoire. Il se toilette longuement, s’étire régulièrement.
Les pigeons ramiers, bons « ornithologues », l’ont évidemment démasqué. Posés sur des branches toutes proches, ils n’ont rien à craindre de lui, au contraire de son grand cousin le faucon pèlerin.

Soudain le mâle – reconnaissable à sa taille plus modeste – arrive avec une proie plumée. Il nourrit la femelle qui va pondre bientôt. La nidification de cette espèce est en effet très tardive. L’oiseau la synchronise avec la migration des passereaux et les grosses émergences de libellules de fin d’été.

21 juillet

Silhouette sombre de brigand, le hobereau surgit sur les toits de la ferme à toute allure. En deux coups d’ailes, le rapace inspecte les bâtiments. Il repère soudain une jeune hirondelle de fenêtre sur un fil. C’est le moment critique : la future proie sait déjà suffisamment bien voler pour s’éloigner du nid, mais pas encore assez pour fuir à toute vitesse à l’approche du rapace. L’hirondelle se laisse choir, mais le faucon l’a vue et la cueille dans l’herbe.

Trois cents mètres plus loin, il pose sa proie dans un labour. Etonnamment, il ne la dépèce pas sur place mais s’envole au loin. Après une demi-heure d’attente, convaincu qu’il ne reviendra pas, je m’avance vers l’hirondelle abandonnée que j’emporte avec moi. Quelle n’est pas ma surprise – deux heures plus tard – de voir le faucon survoler très précisément cet endroit à faible hauteur et finalement s’y poser !
Sa proie n’était donc pas oubliée. Il l’avait juste stockée là, avec un risque possible mais limité qu’une corneille la dévore avant lui.

Couverture de La Salamandre n°198

Cet article est extrait de La Salamandre
n° 198
Juin - Juillet 2010
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