La vie en hiver

Article extrait du dossier Jardin sauvage - Polar polaire
Musaraigne / © D'après photo de Christian König

Petit guide de survie naturelle à la saison d'une glaciale beauté.

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Combat de poids plume

Avec leur régime de championne poids plume et leur minitrompe en alerte, les musaraignes sont des phénomènes. La plus petite, la pachyure étrusque, peut peser moins de deux grammes ! Pas question d’hiberner, il faut courir après la nourriture. Du côté des musaraignes à dents rouges, nettement plus solitaires et territoriales, pas de répit hivernal non plus. Incapables de diminuer leur température, ces musaraignes (la couronnée, la carrelet ou la pygmée) s’alimentent en continu. Leur cœur bat à plus de 1000 coups/minute, un rythme d’oiseau-mouche.

Obligées de consommer chaque jour plus que leur propre poids, les musaraignes à dents rouges ne peuvent survivre à un jeûne d’une demi-journée. Elles sont capables de perdre jusqu’à 40% de leur masse corporelle, réduisant à la fois le volume des organes et des os.
Quant aux musaraignes à dents blanches (la crocidure des jardins, la musette ou l’étrusque), elles entrent en état de torpeur lorsqu’il fait trop froid ou que la nourriture manque. L’animal cesse toute activité et sa température chute. La chaleur du corps reste supérieure au milieu environnant. Sociables, ces musaraignes se réchauffent l’une l’autre, en groupe, dans le même nid.

© D'après photo de Gilbert Hayoz

Un sommeil archisec

Les plantes redoutent moins le froid que la sécheresse absolue provoquée par le gel du sol. Plus une seule goutte d'eau n'alimente leurs racines. Or la vie végétale suppose un flux liquide constant de bas jusqu'en haut où l'eau s'évapore en grande quantité. Un exemple : un kilo de feuilles de bouleau transpire en une année une tonne d'eau. Sans eau, point de photosynthèse.
Voilà pourquoi la plupart des arbres abandonnent en automne leurs feuilles. Ils s'endorment dans le froid, prenant un repos forcé. Certaines plantes comme le houx, le lierre, le buis ou l’ellébore et presque tous les conifères conservent leurs feuilles. Vertes et coriaces, elles sont recouvertes d'un enduit cireux qui réduit les pertes en eau.
En hiver, graines et bourgeons sont en dormance. Dans cet état physiologique, la vie se met au ralenti, mais active des mécanismes de résistance au froid. Tant que cette dormance n'est pas levée, un redoux passager sera sans conséquence. Beaucoup de plantes ont besoin de passer par une longue phase de froid intense avant de se réactiver. Chez d'autres, c'est l'allongement progressif des jours qui donne le signal du réveil. Voilà pourquoi la plupart des plantes attendent le soleil de mars pour une renaissance souvent spectaculaire.

Pour identifier les arbres en hiver, munissez-vous des Miniguides n°24 Découvrir les écorces des arbres et n°10 Les bourgeons

© D'après photo de P. Miéville

Les neiges du présent

Un nuage d’air froid chargé en vapeur d’eau rencontre une masse d'air glacé et la neige peut venir. A partir de -12 °C, de minuscules cristaux de glace se forment sur des poussières en suspension au sein des nuages. Chaque cristal devient le noyau central autour duquel des gouttelettes d’eau cristallisent progressivement. C’est la nucléation et ses flocons. Leur taille et leur forme varieront en fonction de l'altitude et des conditions de pression, de saturation en eau et de température. On distingue trois sortes de neige. La sèche qui, telle la poudreuse, tombe par temps froid (au-dessous de -5 °C) et contient peu d'eau. La neige humide se forme entre -5 °C et 0 °C. Quant à la mouillée, très lourde, elle s'abat en gros flocons entre 0 et 1 °C.

Aller plus loin avec notre Miniguide 65 Les secrets de la neige

© D'après photo d'Alessandro Staehli

Le ciel de décembre

Quand il gèle à pierre fendre, les nuits sont claires. L’air plus sec et pur permet d’observer les étoiles dans les meilleures conditions. Les constellations d’hiver sont alors de retour, puisque la carte du ciel change avec les saisons. Les stars du moment : Orion et sa brillante Bételgeuse ou le Grand Chien, dont fait partie Sirius, l'étoile la plus lumineuse. Sans oublier Jupiter, la géante gazeuse du système solaire ! Equipez-vous chaudement, habituez vos yeux à l'obscurité et pointez cette planète avec vos jumelles : vous verrez Ganymède, Callisto, Io et Europe, quatre de ses 62 satellites. Au chapitre des rendez-vous uniques : une éclipse totale de Lune le 10 décembre et deux pluies d'étoiles filantes dans la foulée, les Géminides (13-14) et les Ursides (22-23).

Aller plus loin avec notre Miniguide 59 Le ciel étoilé

© D'après photo de J.-C. Temper

Petits cœurs suspendus

L’arrivée du froid rend les insectes si rares que les chauves-souris cessent leurs chasses. Les belles de nuit (33 espèces en France, 28 en Suisse) doivent relever leur défi annuel, survivre sans nourriture pendant les longs mois d’hiver. Leur solution : l'hibernation dans les grottes et les abris. La température de leur corps chute entre 6 et 12 °C. Leur cœur ne produit plus que 11 à 25 pulsations par minute. Certaines apnées durent jusqu’à 30 minutes ! Les chiroptères se réveillent toutes les trois semaines environ pour uriner et boire. Leur principal apport d'énergie provient de réserves de graisse stockées entre leurs épaules. Autre mesure d’économie : au-dessous de 12 °C, les neurones se déconnectent du nerf auditif. Les chauves-souris deviennent sourdes. Ce sommeil profond étant une condition à leur survie, évitons à tout prix de les réveiller.

En savoir plus sur les stratégies de survie à l'hiver des animaux

Miniguide 53 Survivre en hiver

Couverture de La Salamandre n°207

Cet article est extrait de La Salamandre
n° 207
Décembre 2011 - Janvier 2012
Article N° complet

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