Vert, une couleur camouflage

Article extrait du dossier Vert, c'est la vie!
Le caméléon symbolise l'art du camouflage chez les animaux / © Michael Weber/Bios

Beaucoup d’animaux ont choisi la couleur de la végétation pour se cacher. Mais comment faire sans pigment vert ?

Avatar de Julien Perrot
- Mis à jour le
Article d'origine par

Proies et prédateurs ont intérêt à se fondre dans le décor, que ce soit pour se protéger ou au contraire pour chasser à l’affût. Mais les animaux n’ont ni chlorophylle ni autre colorant vert à disposition. Alors le lézard, la sauterelle ou le pic vert complètent leur palette avec des teintes dites structurales. Pour être plus clair, des arrangements géométriques microscopiques dans leurs poils ou leurs plumes agissent comme miroir sélectif en ne réfléchissant qu’une seule couleur. Ce procédé explique aussi les bleus irisés et métalliques de certains papillons ou de la roue des paons.

Le caméléon, encore plus fort!

Une équipe pluridisciplinaire de l’Université de Genève vient de percer les mystères de la coloration variable du caméléon. Chez ce reptile, le vert provient de l’association d’un pigment jaune avec un bleu structural. Celui-ci est produit par l’arrangement de nanocristaux de guanine dans des cellules de la peau appelées iridophores. Face à un concurrent ou à une femelle, un mâle peut devenir bleu et jaune en une dizaine de secondes, simplement en modifiant la disposition de ces cristaux.
Dans les profondeurs de la peau du caméléon, les chercheurs ont découvert d’autres iridophores aux cristaux plus grands. Ceux-ci réfléchissent les longueurs d’onde correspondant à l’infrarouge, autrement dit la chaleur produite par le soleil. Grâce à ce système unique, le caméléon peut renvoyer 43 % de l’énergie absorbée par son corps. Providentiel quand on vit dans un climat tropical où, plus que le froid, c’est la surchauffe qui pose problème.

Nuptial

Verdier d'Europe / © Gérard Soury/Bios

Dans son plumage, on dirait que la nature a marié toutes les teintes possibles de vert soulignées par une touche de jaune. Fréquent dans les parcs et les jardins, le verdier est un passereau de forte stature avec un bec puissant capable de broyer les graines les plus dures. La splendeur presque électrique du mâle nuptial s’explique par des couleurs structurales. Chez nous, c’est l’oiseau vert par excellence.

Thermique

Rainette verte / © Jean-François Souchard/Bios

La rainette verte est notre caméléon local. Sa couleur de camouflage provient également d’un mélange entre un pigment jaune et un bleu structural. La teinte s’adapte à celle de son support végétal… mais elle dépend aussi du degré de stress de l’animal ainsi que de la température ambiante. Une peau foncée aide à absorber la chaleur par temps froid. A l’inverse, mieux vaut être clair lors d’une canicule. Rarement, on peut aussi observer une rainette bleue, à cause d'une mutation qui empêche l'expression du pigment jaune.

Mante religieuse / © Cisca Castelijns/Bios

Mortelle

Reine de la chasse à l’affût grâce à son camouflage parfait, la mante religieuse attend le passage de sa prochaine proie cachée dans la végétation. Elle peut rester immobile des heures, ses pattes ravisseuses repliées comme pour prier. Et soudain, ses deux armes se détendent et capturent une bête immédiatement grignotée. Même le mâle de cet insecte vorace finit souvent dévoré la tête la première pendant l’accouplement, ce qui n’empêche pas son abdomen de finir son petit ouvrage.

Le lutin porte souvent du vert.

Imaginaires

On ne sait toujours pas s’ils sont doués de photosynthèse ni exactement sur quelle planète ils habitent mais à leur sujet une chose est sûre. Les petits hommes verts censés vivre dans d’autres mondes sont les héritiers directs des farfadets, trolls, lutins et autres diablotins très souvent verts au Moyen Age.

Emotif

Le caméléon symbolise l'art du camouflage chez les animaux / © Michael Weber/Bios

Colère, peur, séduction, nervosité… Les caméléons ont un large éventail de couleurs pour exprimer leurs émotions. Ce talent à changer de teinte n’aurait été mis à profit pour le camouflage que dans un second temps.

Couverture de La Salamandre n°234

Cet article est extrait de La Salamandre
n° 234
Juin - Juillet 2016
Article N° complet

Articles sur le même sujet

Réagir