Verres de mer

Apolemia uvaria, un animal marin gélatineux qui vit en colonies populeuses / © Philippe Wagneur/Museum de Genève

Les animaux qui peuplent les océans possèdent des formes, couleurs et jeux de transparences fascinants. Comment les faire connaître au public? Rien ne semble marcher sauf... le verre. Place à l'œuvre ahurissante des Blaschka, verriers du 19e siècle.

Avatar de Nicolas Sauthier
- Mis à jour le
Article d'origine par

L'envol des fées

Le monde marin est habité d'animaux peu connus, parfois étranges, toujours fascinants. Cet Apolemia uvaria aux formes extraordinaires appartient au groupe des siphonophores. Ces animaux marins gélatineux vivent en haute mer en colonies qui réunissent des milliers d'individus sur des centaines de mètres. Autant de fées ébouriffées qui dansent devant nos yeux le long d'un tube transparent. Chaque élément de cette grande guirlande est spécialisé dans une fonction particulière, nourricière, défensive ou reproductive.
Ce spécimen d' Apolemia uvaria (image en tête d'article) n'a toutefois jamais vécu sous l'eau. Tout comme les autres créatures présentées dans ces pages, c'est un artefact né à la fin du XIXe siècle dans les ateliers des Blaschka, les célèbres verriers allemands. Le père, Leopold, puis le fils, Rudolf, y ont créé des milliers de céphalopodes, holothuries, scyphozoaires et autres némertes de cristal. Dans le scintillement de leurs créations exceptionnelles, plongeons à la découverte d'animaux que l'on pourrait croire tirés d'un monde imaginaire.

Verre de mer, l'œuvre étonnante des Blaschka

Les verriers Leopold et Rudolf Blaschka ont recréé jusqu'à 700 espèces d'invertébrés marins via catalogue.

L'âme nature

Unique, l'œuvre sous-marine des Blaschka est constituée de milliers de pièces en verre réparties dans le monde. Dans la seconde moitié du XIXe siècle, elle répond à la forte expansion des musées d'histoire naturelle. Tous sont confrontés à une question lancinante : comment présenter au public des invertébrés marins ? Papier mâché, alcool, cire : aucune de ces techniques n'est suffisamment performante.
Leopold, puis son fils Rudolf, descendants d'une longue lignée de verriers allemands à Dresde, imposent naturellement leur solution. Le verre, malléable et durable, permet l'ajout de peinture ou d'émaillage et, surtout, offre un effet de transparence inimitable. S'inspirant d'abord de dessins, puis de spécimens parfois vivants envoyés de Kiel, de Naples ou d'Angleterre, les Blaschka recréeront jusqu'à 700 espèces via catalogue. En 1890, ils délaissent le monde marin et se concentrent sur les fleurs et les plantes, à la faveur d'un contrat mirobolant proposé par le Musée botanique de Harvard.

Verres de mer, l'œuvre étonnante des Blaschka

Le Muséum de Genève présente une cinquantaine d'œuvres. Une salle Blaschka a été inaugurée en 2008, après un travail de restauration minutieux réalisé parfois à l'aide d'un pinceau à un seul poil !

Plus d'informations

Couverture de La Salamandre n°201

Cet article est extrait de La Salamandre
n° 201
Décembre 2010 - Janvier 2011
Article N° complet

Réagir