Une taille presque humaine

Article extrait du dossier Les pouvoirs du sureau
Le froid stimule la croissance de nouvelles branches à partir du pied de l’arbuste. Après 20 à 30 ans, cette croissance basale stoppe et le sureau noir développe un tronc unique. / © Laurent Willenegger

Les grappes ont disparu, les feuilles sont tombées. L’hiver, le sureau se fait discret. Mais sa silhouette, son écorce et ses couleurs lui donnent une allure bien à lui.

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Les fauvettes ont rejoint le Sud depuis belle lurette. La haie file à perte de vue, grise et nue. Seuls quelques églantiers l’égaient de leurs baies rouges. Malgré cette monotonie hivernale, le sureau se distingue immédiatement au milieu des arbres et des arbustes dégarnis.

Jeunesse

Prenez le frêne. Il s’élève en flèche droite et rigide vers le ciel. Le sureau noir, c’est tout l’inverse. De son pied part un enchevêtrement de branches courbées dans tous les sens. Aucune rigueur, aucun ordre. Il semble avoir grandi trop vite pour maîtriser l’orientation de sa ramure. C’est sans doute le cas. Un jeune arbuste atteint 1 mètre de haut et de large la première année. Il double son volume l’année suivante. En général, il atteindra 2 à 5 mètres de hauteur, exceptionnellement 10.

Le lichen Xanthoria parietina doit sa couleur à la pariétine. Ce pigment jaune protège le système photosynthétique du lichen contre les rayons UV. / © Laurent Willenegger

Judas le pendu

Des rameaux fins s’arquent vers le sol. Ils ont poussé il y a deux printemps. Ceux de l’année sont dressés vers la lumière. Ces branches ont la peau lisse, contrairement au tronc qui a pris des rides avec l’âge. Avec le temps, l’écorce des pieds de plus de cinq ans est profondément sillonnée, souvent colonisée par des mousses étoilées, des feuillets et cupules de lichens vert pâle ou jaune vif. Le vieux bois de sureau est un paysage fantaisiste où l’imagination peut délirer, nous fait gravir des volcans miniatures ou nous pousse au fond de crevasses sombres.

L’oreille de Judas pousse principalement en hiver et au printemps sur l’écorce du sureau. Bien que fade, ce champignon est apprécié en cuisine chinoise pour sa texture. Il n’est pourtant pas inoffensif. Sa consommation en excès et à répétition provoque des saignements sous-cutanés diagnostiqués sous le terme de syndrome de Sichuan, du nom d’une province chinoise. / © Laurent Willenegger

Il arrive qu’on y rencontre un champignon brun gélatineux, l’oreille de Judas. Ingrédient incontournable de la fondue chinoise, cette curiosité pousse sur les troncs de nombreux feuillus, mais préfère de loin l’arbre aux fées. Au Moyen Age, on a donné à ce champignon le nom de Judas, l’homme maudit qui aurait choisi un sureau pour se pendre après avoir dénoncé le Christ.

Pas si fragile

Au vu des branches souples et cassantes du sureau, on viendrait presque à douter des intentions suicidaires du traître illustre. Ne nous méprenons pas : le vieux bois est plutôt dur. Les tourneurs ont longtemps apprécié sa couleur proche du buis, tandis que sa légèreté en faisait un matériau privilégié pour la confection des manches d’outil.
Une autre caractéristique, c’est la moelle blanche qui remplit ses tiges. Certains y ont vu un caractère osseux. Ne serait-ce pas de là que vient la vieille pratique consistant à faire sur un rameau de sureau souple autant de nœuds que l’on avait d’articulations douloureuses, puis à le suspendre au-dessus de son lit ? Pour guérir arthrite et rhumatismes, mieux vaut consommer le concentré de ses baies ou préparer, le printemps venu, une décoction de ses feuilles.

Aller plus loin

Reconnaître les écorces avec notre Miniguide n°24

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Couverture de La Salamandre n°193

Cet article est extrait de La Salamandre
n° 193
Août - Septembre 2009
Article N° complet

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