Le printemps des spiranthes

Spiranthes d’automne. Touraine (France), le 25 septembre 2013 à 16 h 14. / © David et Séverine Greyo

Quand tout sèche et fane, les spiranthes fleurissent. Rencontre avec une orchidée pas comme les autres.

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Voici venu le temps de la dernière orchidée. Il semble déjà loin le mois d’avril où s’épanouissaient les premiers orchis bouffon sur les pelouses sèches. Ils succédaient tout juste aux espèces méditerranéennes que nous étions allés photographier en Provence. Puis les floraisons se sont enchaînées. De tourbières en marais, de prairies en sous-bois, c’est ensuite sur les pentes et les alpages que nous avons photographié les orchidées sauvages en juillet.

Pas la moindre hampe florale à l’horizon.

La dernière espèce à fleurir est nettement plus tardive que toutes les autres. Il faut attendre que les pluies de fin d’été viennent déclencher son émergence. Selon les années et les régions, la spiranthe d’automne peut sortir fin août ou même patienter jusqu’en octobre. Notre quête commence habituellement en Valais, au-dessus des vignobles qui dominent le Rhône. Cette année, la pluie n’a pas été abondante. Pas la moindre hampe florale à l’horizon. De plus, impossible d’anticiper la recherche de cette plante par un repérage des rosettes. Chez la spiranthe d’automne, ces feuilles caractéristiques de la famille des orchidées n’apparaissent qu’après la floraison. Heureusement, l’herbe sèche cache difficilement les mantes religieuses en pleine période de reproduction. A défaut d’orchidées, elles occupent la promenade.

A genoux ou couchés, nous cherchons un angle satisfaisant pour mettre en valeur l’alignement torsadé des fleurons.

Quelques jours plus tard, une petite pluie tombe enfin. Confiants, nous reprenons nos recherches à l’occasion d’un voyage en France. Notre patience finit par payer. Sur le bord d’une route apparaissent enfin quelques pieds de Spiranthes spiralis… La morphologie de la spiranthe est unique. Ses petites fleurs blanches sont curieusement disposées en hélice autour d’une tige haute d’une vingtaine de centimètres. Etonnamment, la spirale tourne tantôt vers la droite, tantôt vers la gauche. Chez elle, il est difficile de reconnaître les caractéristiques communes à toutes les orchidées. La spiranthe possède bel et bien trois pétales et trois sépales, mais ces derniers sont réunis pour former une sorte de tube duquel sort le labelle, ce pétale typique de la famille.
Cette géométrie florale particulière nécessite qu’on s’attarde pour en transcrire les détails. A genoux ou couchés, nous cherchons un angle satisfaisant pour mettre en valeur l’alignement torsadé des fleurons. Les conducteurs des voitures qui passent de temps à autre sur la route voisine nous lancent des regards étonnés. Nous n’y prêtons pas trop attention, car pour nous l’automne est gagné.

Propos recueillis par Alessandro Staehli

Amour sous condition

Plus que tout autre plante, l'orchidée étonne par la relation qu’elle entretient avec les pollinisateurs. Chez les spiranthes, les cibles sont des abeilles. La fleur produit du nectar à leur intention… Mais pas question d’en gaspiller ! Pour atteindre ce liquide sucré, l’insecte devra au préalable enlever les masses de pollen qui obstruent le passage. Ensuite seulement, la fleur libérera l’accès à la récompense. Par la même occasion, le pollen d’une autre fleur précédemment visitée par l’insecte pourra peut-être la féconder.

David et Séverine Greyo

David et Séverine Greyo

David et Séverine Greyo

davidgreyo.com

severine-pillet.ch

  • 1974 Naissance de David dans la Loire-Atlantique
  • 1981 Naissance de Séverine en Valais
  • 2009 Premières orchidées photographiées ensemble
  • 2015 Publication de Sauvages orchidées avec La Salamandre

Prolongez votre lecture avec le livre Sauvages orchidées de notre collection Histoires d'images. Un livre original dédié à l’approche photographique des plus belles et étonnantes de nos fleurs sauvages. Après plusieurs années d’études et de recherches passionnées, les photographes David et Séverine Greyo y dévoilent les mille et une facettes des orchidées qu'ils ont photographiées.

Couverture de La Salamandre n°230

Cet article est extrait de La Salamandre
n° 230
Octobre - Novembre 2015
Article N° complet

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