Une famille suspendue

Couple de tichodromes / © Christophe Sidamon-Pesson

Grandes étapes et petits secrets de la vie intime du tichodrome échelette.

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D'abord le choix du nid

Les tichodromes sont des solitaires farouches, mais la pauvreté en nourriture de la falaise les contraint à faire équipe pour élever une famille. Le mâle sélectionne une cavité avec un soin extrême. C'est une décision tellement importante que la femelle choisit probablement davantage le trou qui lui est proposé que le partenaire qui va avec. Des études réalisées avec des bagues colorées en Slovaquie ont montré que les mêmes couples se reforment souvent plusieurs printemps de suite... sans doute d'abord par fidélité réciproque à leur nid. Ces recherches ont également montré un grand attachement des individus aux mêmes quartiers d'hiver.

Chanter, parader, construire !

A la fin de l'hiver, ce sont les mâles qui reviennent les premiers sur les sites de nidification. Les combats qui déterminent les territoires se concentrent sur quelques jours. Ensuite, les contestations se font rares.
Le mâle chante devant et dans la cavité, il enchaîne les vols de démonstration pour décider la femelle à visiter son appartement. Finalement, le choix des lieux scelle l'alliance entre les deux partenaires. Mais pendant la période des accouplements, il y a un risque qu'elle se fasse draguer par d'autres. Lui chante alors à tue-tête et la surveille de très près. Voilà pourquoi il la suit partout, y compris quand elle commence à construire le nid. Pendant cinq jours, elle ramène de jolis petits ballots de paille, de mousse, de laine et parfois même des filtres de cigarettes pour aménager une douillette coupelle.

Offrandes et nourrissages

La femelle couve ses trois à cinq jolis œufs pendant 19 jours, une durée très longue pour un oiseau d'aussi petite taille. Elle s'absente du nid de courts instants pour se dégourdir les ailes et surtout pour réceptionner les offrandes que le mâle lui apporte. C'est en effet lui qui la nourrit jusqu'à l'éclosion. Puis il assure l'essentiel du ravitaillement des jeunes pendant deux semaines, tant qu'ils ont encore besoin d'être réchauffés par leur mère.
Dès qu'ils sont assez grands pour se tenir sur leurs pattes, les poussins se tiennent en carrousel dans le nid. Ils se mettent devant à tour de rôle, ce qui garantit un nourrissage équitable. On connaît un seul cas en Italie où un coucou est parvenu à parasiter le nid d'un tichodrome. Mais ses parents ont refusé de nourrir leur poussin d'adoption. Celui-ci a été retrouvé mort au pied de la falaise au bout de 9 jours.

Le grand saut !

A partir du 24e jour, les poussins commencent à sortir la tête du trou. L'envol est programmé 5 jours plus tard. Quand les jeunes sont prêts, ils battent de plus en plus vite des ailes à l'entrée du nid. Et tout à coup, ils lâchent les pattes et s'envolent en se rattrapant comme ils peuvent. Au bout d'une heure à peine, ils arrivent à suivre leurs parents qui les entraînent en hauteur pour les mettre à l'abri. Souvent, la famille se divise en deux groupes distincts nourris chacun par un adulte pendant 5 à 12 jours. Puis les tichodromes jeunes et vieux passent l'été en haute altitude. Ils redescendent avec la neige.
Contrairement à ses voisins accenteur alpin ou rougequeue noir, l'oiseau papillon ne fait qu'une seule nichée par an. Il lui faut en effet deux fois plus de temps qu'eux pour élever une famille. Quand les jeunes sont indépendants, il est trop tard pour recommencer.

Pour aller plus loin

L'auteur des photos, Christophe Sidamon-Pesson, a lui aussi rencontré le tichodrome. Découvrez la vision profonde et poétique qu'il a de cet oiseau.

Couverture de La Salamandre n°217

Cet article est extrait de La Salamandre
n° 217
Août - Septembre 2013
Article N° complet

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