Trois arbres

Chêne (tronc de gauche), charme (au centre) et hêtre (à droite) se côtoient dans cette forêt endormie. / © Antoine Richard

Une forêt. Trois arbres. Chêne, charme et hêtre, trois essences, trois écorces, trois architectures, feuillages, ombrages et litières. Trois caractères.

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Le hêtre

Ondoyant, ondulant, le hêtre chante d’une voix caressante et vivifiante. Son écorce est presque lisse, douce, soyeuse, tendre. Tout son système de croissance exprime ces deux qualités : vigueur et fluidité.
C’est curieux, ses feuilles s'oublient souvent l'hiver accrochées aux rameaux, profitant sans doute encore un peu du regard qu’on a d’en haut. Alors la bise les agite et joue avec ces grelots gelés. Au bord des feuilles, là où naît le givre, luit une guirlande de cils délicats.

Rameaux et bourgeons. De gauche à droite: charme, hêtre, chêne. / © Antoine Richard

Le charme

Son tronc parcouru de longues dépressions comme creusées dans sa chair réserve un accueil de dur à cuire. Le charme est d'une dureté de fer. Son bois aussi. Mais après ce contact presque métallique, la glace se brise et l'écorce offre un toucher très sensuel.
Discret, le charme laisse la vedette au chêne ou au hêtre et passe souvent inaperçu. Complémentaire, il harmonise la forêt.
La pousse de ses branches s'opère à petits pas, si bien que son rameau offre une apparence hésitante, un peu fragile aussi. Avec un axe de rotation en spirale plus serré, ses rameaux montrent encore davantage de rondeur que le hêtre.

Ecorce de charme, hêtre (au centre) et chêne (à droite) / © Antoine Richard

Le chêne

Chevelure tortueuse, silhouette sombre. L'accueil de ce vieux pachyderme ridé est empreint de force tranquille et de chaleur.
Grand-père conteur d'histoires, le chêne offre un tronc chaleureux, dodu, contre lequel il fait bon s'appuyer.
Y poser sa tête et rêver, accueillir un peu de cette sagesse immobile, consciente, amie, tranquille.
Et l'on part en voyage dans sa couronne pour apprendre le secret de la disposition de ses branches. Le chêne évite les entre-deux. Peu d'intermédiaires entre les branches principales et les rameaux courts et légers, disposés en touffe. Cette architecture laisse filtrer un peu du soleil dont ont absolument besoin ses propres rejetons... Un merle agite nerveusement les feuilles mortes, réveil !

Antoine Richard

Antoine Richard / © Neima Zwahlen

L'âme des forêts

Peintre naturaliste, collaborateur régulier et de longue date de La Salamandre, Antoine Richard restitue la nature au travers de ses toiles avec tendresse et sensibilité. Il utilise des peintures le plus souvent autocréées et exemptes de produits toxiques.
Hêtre, charme et chêne, c'est eux qu'Antoine Richard a choisi de rencontrer. Ou est-ce l'inverse ? Qu'importe ! Entre l'artiste et les végétaux, le dialogue s'est installé avec au bout des pinceaux un mélange de caséine, de poudre de marbre, d'huile de lin et de pigments.

« J'ai rencontré une forêt de plaine à la ramée haute, lumineuse, un sanctuaire au milieu du vacarme citadin. Seul l’équilibre juste et solide des végétaux avec le présent affleure aux oreilles, aux yeux, aux sens. Les arbres lancent leurs troncs vers le ciel dans un ensemble émouvant. Tout est juste dans le miraculeux arrangement des frondaisons. L’équilibre est liberté organisée. Heureux chaos agencé. Une forêt, trois arbres complémentaires, compagnons aux qualités diverses. Les majestueux êtres de cette forêt ne luttent pas, ils se mettent d’accord chaque jour, honorant les qualités de chacun. »

Couverture de La Salamandre n°208

Cet article est extrait de La Salamandre
n° 208
Février - Mars 2012
Article N° complet

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