Les trésors du 11/19

Terrils de Loos-en-Gohelle / © Hélène Tobler

Fleurons de la base minière des puits n° 11 et 19, les terrils jumeaux de Loos-en-Gohelle se dévoilent le long d'un sentier balayé par les vents. La nature a repris ses droits et nous raconte l'histoire de la mine.

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La clandestine du « bois qui parle »

Les flancs des terrils sont colonisés par l'oseille ronde, une montagnarde spécialiste des pierriers et des éboulis. Comment diable est-elle arrivée là ? Son histoire remonte à l'exploitation de la mine. Les galeries étaient étayées avec du pin sylvestre, importé des Alpes. En craquant avant de casser, ce bois avertissait les mineurs qu'il était temps de remplacer les étais. On suppose que des graines d'oseille ont fait le voyage coincées dans les écorces de pin, avant de se retrouver sur le terril. La plante joue un rôle d'avant-garde : en s'installant dans les pentes instables, elle retient le substrat qui glisse en amont, tout en continuant à pousser vers le bas. Elle crée ainsi des marches qui permettent à d'autres plantes de s'installer.

Oseille ronde / © Hélène Tobler

Espaces verts et pistes noires

Marche à pied, VTT, jogging... Ces dernières années, les terrils sont devenus un lieu de détente très prisé des promeneurs et des sportifs de la région. Certaines communes en ont même fait un atout touristique majeur, à l'image de Nœux-les-Mines qui a aménagé sur les flancs d'un terril un stade de glisse, où on peut skier en toute saison. Seules montagnes de la région, les terrils attirent également les parapentistes et les adeptes de quad ou de motocross.

Cette fréquentation populaire n'est pas sans laisser de traces sur ces écosystèmes fragiles : érosion des sols, piétinement des orchidées, dérangement des oiseaux nicheurs, déchets, etc. A défaut d'un meilleur statut de protection, certains terrils ont été classés « Espaces naturels sensibles » ou bénéficient d'un arrêté de biotope. Aujourd'hui toutefois, grâce à l'énorme travail d'inventaire, d'information et de sensibilisation mené par le CPIE Chaîne des Terrils, la protection à long terme de ces friches extraordinaires semble acquise.

Les terrils offrent maintenant de nombreuses possibilités pour les randonneurs et amateurs de vélo. / © Hélène Tobler

Les fougères du carbonifère

Les schistes noirs du terril font le bonheur des amateurs de fossiles. On trouve en effet assez facilement des empreintes de troncs, de tiges et de feuilles de fougères imprimées sur les pierres extraites de la mine. C'est l'occasion de se souvenir que la formation du charbon date de plus de 300 millions d'années, à l'époque où une forêt tropicale recouvrait la région. Ici plus précisément, d'énormes quantités de végétaux se sont accumulées dans des lagunes d'eau peu profonde, où elles ont échappé à l'action des décomposeurs. Au fil de processus chimicophysiques longs et complexes, les débris se sont transformés en roche sédimentaire combustible. Dans le Nord-Pas-de-Calais, le bassin géologique minier s'étend sur 120 km de long et environ 12 km de large.

Empreinte de fougère imprimée sur les pièrres extraites de la mine de Loos-en-Gohelle. / © Hélène Tobler

Pommes de mineurs

D'anciennes variétés de pommiers poussent çà et là au pied des terrils. Là encore, l'anecdote est historique : les mineurs jetaient leurs trognons de pomme dans les berlines, qui étaient ensuite remontées en surface et déversées sur le terril. Quelques graines ont réussi à germer au bas des pentes pour donner des pommes aujourd'hui. On attribue aussi à un mineur marocain la présence d'un figuier sur le site, mais nul ne saura jamais si la légende rejoint la réalité.

Plus d'infos

A Bully-les-Mines, Jean Wisniewski, mineur retraité, a créé un verger regroupant 85 anciennes variétés de pommiers issues des terrils. Il leur a attribué des noms qui rendent hommage aux gueules noires. Visites sur réservation, +33 (0)3 21 29 34 55

Diverses variétés de pommiers ont élu domicile au pied des terrils grâce aux trognons de pommes jetés par les mineurs. / © Hélène Tobler
Dessin de Crapaud calamite

Crapaud calamite / © Jérôme Gremaud

Le crapaud des schlamms

Soulever les pierres qui bordent ou ponctuent les « bacs à schlamm » révèle parfois une charmante surprise : le crapaud calamite. Cet amphibien des sables et des graviers se reconnaît facilement à ses yeux d'or, assortis à la ligne jaunâtre qu'il porte sur le dos. Adapté aux milieux pionniers, il se tient la journée sous les cailloux, dans une cuvette creusée à sa taille. La nuit, il part à la chasse aux insectes dans la végétation éparse. Le terril de Pinchonvalles, situé à 3 km du 11/19, abrite également le pélodyte ponctué, un autre batracien protégé.

Une friche en chiffres :

297 plantes dont 7 protégées

108 oiseaux, dont 34 nicheurs

25 papillons de jour

19 coccinelles

12 libellules

3 amphibiens

1 reptile

Couverture de La Salamandre n°209

Cet article est extrait de La Salamandre
n° 209
Avril - Mai 2012
Article N° complet

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