Sacré curriculum

Article extrait du dossier Fourmi land
Scoop ! Toutes les fourmis ne sont pas des travailleuses infatigables. Certaines ouvrières restent inactives dans le nid et se font nourrir par leurs congénères. Mais elles représentent une équipe de réserve précieuse. En cas de besoin soudain pour réparer le nid après la chute d'une branche, par exemple, elles sont immédiatement embauchées pour prêter main-forte à leurs sœurs. / © Dominique Mertens

Avec l'âge et l'expérience, leur carrière évolue et les promotions s'enchaînent. Ultime job des ouvrières : éleveuse de pucerons.

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Pendant que les sexués s'éclatent dans la prairie, les ouvrières pourvoient en forêt aux besoins de la colonie. Comme toutes les fourmis du monde, Formica paralugubris pratique la division du travail. Mais, contrairement à d'autres espèces, impossible de se fier à leur anatomie pour savoir qui fait quoi. Les différences de taille entre ouvrières ne déterminent pas les vocations. Par exemple, il n'y a pas de soldats à la tête énorme et aux mandibules puissantes qui se consacrent exclusivement à la défense.

Chez les fourmis des bois, les ouvrières occupent successivement différents postes. Et leur vie est longue : deux ans, un exploit pour des insectes. Elles seront d'abord nourrices, puis gardiennes, et enfin fourrageuses.
A la sortie du cocon, les fourmis intègrent le service intérieur et prennent en charge la maintenance du nid et le soin aux larves. Ces nourrices lèchent les petits pour les débarrasser des moisissures, les alimentent et les transfèrent régulièrement d'un recoin à l'autre de la fourmilière, là où la température est optimale pour leur croissance.

Vos papiers !

Plus âgées, les ouvrières sont promues au poste de gardienne, chargées de contrôler les allées et venues à l'entrée du nid. Toute fourmi étrangère à la super-colonie risque l'exécution sans sommation. L'odeur de chaque individu est son passeport chimique. Si la voyageuse porte l'odeur coloniale, feu vert. Sinon, à mort !

Enfin, les ouvrières les plus expérimentées rejoignent le service extérieur et acquièrent le titre de fourrageuse. Leur rôle consiste à pourvoir la colonie en nourriture et en matériel de construction. C'est le métier le plus dangereux puisqu'elles quittent la sécurité de la fourmilière pour explorer le vaste monde. Pour se repérer et rejoindre des places d'alimentation, les fourrageuses suivent les pistes odorantes laissées par leurs congénères. A leur tour, elles déposent une phéromone qui indiquera à leurs acolytes le chemin à suivre. Utilisés d'année en année, ces cheminements sont visibles sur le sol forestier. Ils mènent principalement aux arbres qui abritent les colonies de pucerons dont elles font l'élevage.

Elevage en plein air

Les pucerons suceurs de sève produisent du miellat, un liquide sucré qu'ils excrètent par l'anus. Cette nourriture indispensable représente 61% de l'alimentation des fourmis. Elles défendent par conséquent leurs troupeaux contre les prédateurs et les guêpes parasitoïdes. Parfois, elles prélèvent quelques pucerons pour les manger. Mais, la plupart du temps, les ouvrières collectent seulement le miellat sur le derrière de leur bétail. Elles stockent le précieux liquide dans leur jabot. L'abdomen distendu, elles retournent au nid pour offrir leur récolte aux nourrices. Ces dernières en nourriront les larves. L'échange alimentaire se fait par trophallaxie : la receveuse tapote la tête de la fourrageuse qui régurgite le miellat et le lui dépose entre les mandibules.

Chasseuses-cueilleuses

Ces fourmis sont aussi des chasseresses hors pair. Les insectes constituent 35% de leur menu. Gare aux punaises, chenilles, syrphes et coléoptères qui croisent leur chemin. Même les carapaces dures ne résistent pas longtemps aux mandibules acérées des Formica . Les chercheurs estiment qu'en une saison, la super-colonie capture en moyenne 400 millions de proies ! C'est dire l'importance de ces fourmis pour l'équilibre des écosystèmes.

Les graines constituent les 4% restants de leur collecte. Une douzaine d'espèces de plantes voient ainsi leurs semences consommées, mais aussi disséminées. De juillet à septembre, les employées du service extérieur transportent enfin des cocons et de jeunes ouvrières dans des nids d'été pour désengorger le dôme principal. A la fin de la saison chaude, les jeunettes sont toutes ramenées à la fourmilière principale pour l'hiver. Au printemps suivant, cette relève construira les édifices et empruntera à son tour les routes de Fourmicity.

Couverture de La Salamandre n°206

Cet article est extrait de La Salamandre
n° 206
Octobre - Novembre 2011
Article N° complet

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