Tout sur les pics

Article extrait du dossier L'appel des pics
Pic noir / © Laurent Willenegger

Comment vivent les pics ? Qu'est-ce qui rend ces oiseaux uniques ? Quelques anecdotes sur leurs comportements, leur nourriture, leur cri, leur vol ou leur anatomie impressionnante...

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Dessin de larve xylophage

Les larves xylophages font un bon repas protéiné pour les pics. / © Laurent Willenegger

Larves…

En bon pic qui se respecte, l’épeiche a des griffes longues et incurvées. Deux en avant et deux en arrière. Cette particularité le distingue de la plupart des autres oiseaux qui ont trois doigts tournés vers l’avant. Elle lui assure une adhérence maximale à toutes les écorces, qu’il monte ou qu’il descende. Ses pattes sont courtes, trapues, musclées. Enfin, sa queue aux plumes rigides lui sert à la fois de point d’appui au repos et de ressort propulseur dans ses bonds vers le haut ou vers le bas. L’oiseau trapu est parfaitement adapté à une vie verticale le long des troncs.

En tapotant contre un tronc, le pic épeiche reconnaît un arbre creux ou pourrissant. Peut-être même perçoit-il l’infime murmure de ses proies à travers l’épaisseur du bois. Puis il fait voler les copeaux à grands coups de bec avant de projeter sa langue extensible dans le trou. Cet organe est muni de barbes acérées couvertes d’une salive collante. En un instant, il empale sa proie puis la ramène à lui et l’avale.

... graines...

L’épeiche est le seul pic à aménager de véritables ateliers – les forges – pour décortiquer les cônes des résineux, mais aussi les noisettes, les noix ou certains insectes cuirassés. Souvent, l’oiseau coince simplement sa prise dans la fente d’une écorce et la travaille avec son bec redoutable. Il est aussi capable, en quelques coups de burin précis, d’adapter la forme de son support à ses besoins. Travaillé sur l’une de ces enclumes, un cône d’épicéa est vidé de ses graines en moins de cinq minutes. Souvent, l’oiseau le laisse fiché dans son support en attendant de revenir avec un nouveau cône dans le bec ou dans les pattes. Enfin, il lui arrive également d’amasser des réserves de graines dans une souche ou une cavité quelconque.

... et autres oiseaux !

Au printemps, pour nourrir ses jeunes, l’épeiche peut devenir un redoutable consommateur d’œufs et de poussins. Gobemouches, moineaux et surtout mésanges risquent gros, tout particulièrement ceux qui ont pondu dans un nichoir artificiel très visible et facile à perforer. L’épeiche s’attaque également aux nichées du pic épeichette auxquelles il accède en agrandissant le trou d’envol. Parfois, même de jeunes torcols ou des chouettes chevêchettes font les frais de son appétit. D’une tournée à l’autre, il mémorise l’emplacement des cavités occupées, comme le fait un autre redoutable prédateur arboricole : la martre.

Tambour !

Quand un pic travaille un tronc pour se nourrir ou pour creuser son nid, cela fait du bruit. Mais le tambourinage est tout autre chose. C’est une salve rapide et sonore produite intentionnellement contre un tronc sec, une branche morte ou parfois un poteau ou une pièce de métal. Le bec rebondit dans un va-et-vient si rapide que la tête du pic en devient floue. Chaque espèce tambourine avec une durée, un rythme et une amplitude reconnaissables. Chez l’épeiche, les percussions ont complètement remplacé le chant. Au printemps, pour signaler sa présence à des rivaux ou à un partenaire, l’oiseau frappe 10 à 16 coups en un peu plus d’une demi-seconde avec une nette accélération finale. Il peut répéter pareil appel 600 fois par jour !

Plus faible mais aussi plus long, le tambourinage de l’épeichette dure presque une seconde et demie pour une trentaine de coups. Les individus des deux sexes font retentir ces appels de janvier à juin, entrecoupés par le rire qui leur tient lieu de chant. Le pic noir frappe presque aussi volontiers qu’il chante. Enfin, les trois fourmiliers pic vert, pic cendré et torcol chantent mais ne tambourinent presque jamais. En revanche, il arrive au torcol mâle de tapoter du bec la cavité choisie pour attirer l’attention d’une femelle. Peut-être le tambourinage spectaculaire des autres pics est-il dérivé de ce comportement ancestral.

Trajectoire des pics en vol / © Laurent Willenegger

Trajectoires

Les pics sont considérés à tort comme de mauvais voiliers. En réalité, ceux qui vivent dans le nord de l’Europe peuvent parcourir en hiver des centaines de kilomètres pour fuir le froid et la neige. A part le torcol et le pic noir à la trajectoire souvent rectiligne, leur vol alterne trois ou quatre battements d’ailes puis une courte chute oblique ailes collées au corps. Une montée, puis une descente dessinent une courbe ondulée aboutissant généralement au tronc d’un arbre.

Loges

Au moment de creuser une cavité, les pics s’attaquent de préférence à des arbres affaiblis. Le pic mar et l’épeichette ne parviennent guère à creuser que dans du bois mort. Le pic vert et le pic cendré attaquent le bois tendre ou vermoulu. Ils font parfois des ébauches pour laisser à la pourriture le temps de ramollir le tronc. Seul le pic noir choisit de grands fûts apparemment sains, en général des hêtres.
Les cavités servent à l’élevage des jeunes comme au repos nocturne. Certains pics creusent et adoptent systématiquement un nouveau nid chaque année, au prix de plusieurs semaines de travail, tandis que d’autres réoccupent volontiers plusieurs fois le même logis. Dans tous les cas, quand les pics abandonnent un trou, l’histoire ne fait que commencer.

Tête de pioche

Aucun bois n’est assez dur pour résister au burin du pic noir. Mais encore faut-il que l’oiseau lui-même survive à des impacts ultraviolents et répétés : 170 coups à la minute quand il désosse un garde-manger de bois ! Le bec, pour commencer, pousse continuellement pour compenser une usure rapide. En une année, il s’allongerait de 15 centimètres si son propriétaire n’en faisait pas un usage aussi intensif. L’ossature de la tête est renforcée. Organe fragile, le cerveau est entouré par un système anti-vibrations sophistiqué auquel participe une longue langue qui s’enroule au repos tout autour de la boîte crânienne. Enfin, trois millièmes de seconde avant chaque impact, les deux paupières se ferment pour éviter qu’une brutale décélération ne projette hors du crâne le contenu des globes oculaires.

Marteau-pilon

A la fin de l’hiver et au printemps, les appels du pic noir portent jusqu’à plus de deux kilomètres. Son tambourinage dure de deux à trois secondes. Quand il vole, l’oiseau fait souvent retentir un kru-kru-kru. Une fois posé, son cri est un klieueu caractéristique, répété en cas d’inquiétude. Enfin, le chant rappelle en plus lent le ricanement du pic vert. C’est une série de dix à vingt sons mélodieux et ascendants, s’accélérant souvent à la fin : koui-koui-koui-koui-koui.

Dessin de fourmi Camponotus herculeanus

Fourmi Camponotus herculeanus / © Laurent Willenegger

Au cœur des fûts

La gourmandise préférée du pic noir a un nom savant : Camponotus herculeanus. Ces fourmis de plus d’un centimètre vivent en colonies parfois imposantes à l’intérieur d’un tronc de sapin ou d’épicéa. Rien, vu de l’extérieur, ne trahit la présence des fourmis charpentières, bien que leur labyrinthe s’étende parfois jusqu’à dix mètres au-dessus du sol. L’arbre verdoyant a l’air en pleine santé car les insectes épargnent la partie extérieure du tronc, là où circule la sève. Le pic pourtant ne s’y trompe pas. Sans qu’on sache très bien comment, il détecte ces fûts creux et les attaque en perçant plusieurs gigantesques trous dans la chambre forte. Les gros copeaux qui jonchent le sol de la forêt, parfois projetés à plus de un mètre, trahissent l’identité du cambrioleur.

Dessin de jeunes pics quémandant leur nourriture.

Jeunes pics quémandant leur nourriture. / © Laurent Willenegger

Elevage

Les jeunes pics naissent nus et aveugles sur une litière de copeaux au cœur d’un tronc ou d’une grosse branche. Ils se développent très rapidement grâce à un nourrissage ultra-protéiné et intensif. Mâle et femelle pics verts, cendrés et noirs régurgitent une bouillie de fourmis à l’intention de leurs oisillons. En revanche, chez les pics bigarrés de blanc et de noir, les proies sont amenées une à une, une pratique qui nécessite des visites beaucoup plus fréquentes. Quand les jeunes commencent à se hisser à l’entrée de la cavité pour regarder à l’extérieur, leur envol est imminent. Les parents coupent alors les vivres pour les motiver à faire le grand saut. S’ils survivent à leurs premières semaines d’inexpérience, les jeunes sont chassés par leurs parents, avant de changer de plumage au bout de deux ou trois mois.

Dessin de trous pratiqués par un pic tridactyle pour extraire la sève de l'arbre.

Trous pratiqués par un pic tridactyle pour extraire la sève de l'arbre. / © Laurent Willenegger

Sève

En hiver, plutôt que de s’exclure les uns les autres comme d’autres pics, les couples de tridactyles se répartissent les rôles. Les mâles travaillent l’écorce des gros troncs secs avec leur bec un peu plus fort alors que les femelles se concentrent sur les branches, aidées par une queue plus longue qui fait office de balancier. Elles chassent aussi un peu plus d’insectes à la surface du bois.
Au printemps, les uns comme les autres font parfois une incartade à leur strict régime insectivore. Ils creusent de petits trous répartis en lignes horizontales autour des troncs de pin, de sapin ou de bouleau pour aspirer avec leur langue la sève montante. En cicatrisant, l’écorce blessée forme des bourrelets annelés parfois nombreux. Parfois, ces anneaux peuvent également être provoqués par des pics épeiches.

Couverture de La Salamandre n°191

Cet article est extrait de La Salamandre
n° 191
Avril - Mai 2009
Article N° complet

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