Tel pic, tel bois

Article extrait du dossier L'appel des pics
© Sidamon-Pesson / Allemand (forêt de gauche), Benoît Renevey (forêt de droite)

La magnifique diversité des pics est entre nos mains. Car ces oiseaux dépendent directement de la quantité de bois sec que nous laissons en forêt.

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Quiz ! Quelle différence entre ces deux forêts contiguës l’une à l’autre ?

La réponse en bas de cet article.

Durant deux printemps, nous avons sillonné les bois pour préparer ce dossier et le film qui l’accompagne. L’éventail des comportements et stratégies des neuf pics nous a fascinés. Il permet à quatre, cinq ou six espèces de ces oiseaux de cohabiter facilement dans une même forêt sans entrer en compétition directe les unes avec les autres. L’une exploite les branches, l’autre les écorces crevassées ou encore les troncs secs.

Cruel manque

Pourtant, curieusement, il est rare que nous ayons pu observer en un seul lieu, par exemple, le pic vert, le pic noir ou l’épeichette réunis. Sans parler du rare pic à dos blanc… Quand finalement plusieurs espèces de pics s’étaient donné rendez-vous au même endroit, l’alchimie qui permettait leur coexistence nous a paru réduite à un mouchoir de poche. Un bout de forêt au milieu de peuplements beaucoup moins favorables.

Que s’est-il passé pour qu’on en arrive là ? Pourquoi ne rencontrons-nous plus dans beaucoup de forêts que le pic épeiche et, depuis peu, le pic noir ? D’ailleurs, peut-on encore parler de forêt quand cette dernière se réduit à un simple champ d’arbres uniformisés ? Les pics ne s’y trompent pas. Une forêt digne de ce nom doit offrir à ses habitants une diversité d’essences, de strates et d’habitats, y compris des branches sèches et des troncs vermoulus. Ce bois mort revêt comme nous l’avons vu une importance cruciale pour ces oiseaux insectivores. Que ce soit pour le gîte ou le couvert, c’est la clé de leur diversité. Or, selon le WWF international, dans les forêts d’Europe centrale, il ne subsiste plus aujourd’hui que 5 % de la quantité du bois mort qui devrait naturellement s’y trouver. Pour les pics, c’est grave, mais pour la forêt aussi !

La vie du bois mort

La lente décomposition des arbres – ou au moins d’une partie d’entre eux – est une étape essentielle du cycle de la forêt. Il ne s’agit pas seulement de protéger quelques oiseaux, aussi beaux soient-ils. C’est l’équilibre d’un milieu naturel tout entier, nécessaire à une quantité phénoménale d’organismes, qui est en jeu.

Aujourd’hui enfin, la valeur de ce bois mort commence à être reconnue, mais, sur le terrain, la situation tarde à s’améliorer. Voyons d’abord qui, hormis les pics, dépend directement de bois sec. Posons-nous ensuite la question de notre besoin de sanctuaires intouchés. Et, enfin, demandons-nous comment concilier l’équilibre naturel d’une forêt avec une exploitation moderne et rentable. Le bois est un matériau précieux, écologique et renouvelable. Alors comment faire ?

Réponses au quiz

Image de gauche:

Forêt du Landsberg près du mont Saint-Odile en Alsace • Altitude moyenne 500 mètres • Forêt exploitée et rentable • Futaie irrégulière avec quelques petites plantations • 30 espèces d’arbres • 6 espèces de pics (de gauche à droite) : épeiche, épeichette, vert, mar, noir, cendré

© Sidamon-Pesson / Allemand (forêt), Benoît Renevey (p. noir, p. mar), Michel muriset (p. Epeiche, p. cendré), Pierre-André Pochon (p. vert), Gilbert Hayoz (p. epeichette)

Image de droite:

A quelques centaines de mètres de là: plantation d’épicéas • Altitude moyenne 300 mètres • 1 espèce d’arbres • 1 seule espèce de pics (épeiche)

© Benoît Renevey (forêt), Michel Muriset (pic épeiche)
Couverture de La Salamandre n°191

Cet article est extrait de La Salamandre
n° 191
Avril - Mai 2009
Article N° complet

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