Survivants fascinants du temps des mammouths

Article extrait du dossier L'automne des mammouths
Cheval de Przewalski / © Benoît Renevey

Les mammouths ne sont plus. Le troupeau disparu de la faune glaciaire a ses témoins. Trois animaux tenaces et rares. Menacés par la bêtise des hommes, et parfois protégés avec succès.

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Le cheval de Przewalski

Abondamment chassé par l'homme préhistorique, le cheval sauvage figure en grand nombre dans presque toutes les grottes ornées de la préhistoire. Contrairement à d'autres habitants de la steppe froide, cet herbivore amateur de graminées pouvait s'accommoder d'un milieu semi-fermé, d'une steppe arborée ou peut-être de vraies forêts à condition que subsistent de grandes clairières. Son adaptabilité lui a permis de survivre au réchauffement. Au XVIIIe siècle, on en trouve encore des groupes isolés, sous diverses formes locales, des plaines d'Allemagne jusqu'aux steppes semi-désertiques de Chine et de Mongolie. Mais ce cheval pourtant indomptable est un gibier recherché.

Cheval de Przewalski / © Benoît Renevey

Le dernier tarpan, cheval sauvage européen, est tué en 1814. Pourchassé sans relâche, son proche parent oriental, le cheval de Przewalski, subit un destin similaire. Décrit pour la première fois en 1881 par l'explorateur russe qui lui a donné son nom, il était presque éteint au moment de sa découverte. Le seul moyen qu'on ait alors trouvé pour ramener des poulains vivants dans les zoos d'Occident consistait à tuer préalablement tous les adultes qui les accompagnaient ! Finalement, l'ultime observation d'un cheval de Przewalski à l'état sauvage a lieu en 1969 dans le désert de Gobi.
Tous les individus que l'on peut aujourd'hui admirer en captivité sont les descendants de douze ou treize poulains capturés au début du XXe siècle. Plusieurs projets de réintroduction sont en cours en Mongolie et en Chine. S'ils ne sont pas progressivement réhabitués à une vie sauvage, les chances de survie de ces chevaux sont très faibles. Voilà pourquoi des troupeaux doivent être patiemment reconstitués dans de grands enclos, comme c'est le cas par exemple sur le plateau du causse Méjean, dans le Massif central.

Le bœuf musqué

Bœuf musqué / © Vincent Munier

Equipé comme le mammouth d'une fourrure parfaitement isolante, le bœuf musqué supporte des froids jusqu'à -50°C. Comme le pachyderme disparu, il craint en revanche un enneigement trop important. Une couche de neige supérieure à 30 cm l'empêche de se nourrir. Voilà pourquoi cet animal se livre à des migrations saisonnières inversées : en hiver, il fréquente les crêtes et les hauts plateaux les plus froids, là où le vent déneige constamment la végétation rase de la toundra. Autrefois présent dans toute l'Eurasie et l'Amérique du Nord, particulièrement durant les épisodes les plus froids, le bœuf musqué n'a subsisté qu'en adoptant un régime alimentaire extrêmement frugal dans le Grand-Nord canadien et au Groenland. Plusieurs projets de réintroduction lui ont permis de reprendre pied en Alaska, en Sibérie ou dans les montagnes de Norvège.

L'antilope saïga

Antilope saïga / © Wild Wonders of Europe / Shpilenok / naturepl.com

A l'opposé du bœuf musqué, l'antilope saïga s'est réfugiée au sud, dans les steppes d'Asie centrale. Seule antilope eurasienne, la saïga a des besoins en eau quasi nuls. Elle se contente de la végétation coriace et salée d'un semi-désert. Son nez allongé en trompe lui permet de filtrer la poussière et de réchauffer l'air glacé avant de l'inhaler. Hélas, les cornes annelées des mâles sont considérées par la pharmacopée chinoise comme un puissant remède à diverses affections y compris l'impuissance sexuelle. En 1970, on comptait encore un million et demi d'antilopes réparties en grands troupeaux entre les abords russes de la Caspienne, le Kazakhstan et la Mongolie. Aujourd'hui, il en resterait à peine 50'000, desquelles il faut retrancher 12'000 bêtes mortes ce printemps d'une épidémie. Comme dans le cas du rhinocéros chassé pour les mêmes motifs, la dure loi de l'offre et de la demande encourage les braconniers à exterminer cette antilope aux cornes d'or.

Couverture de La Salamandre n°200

Cet article est extrait de La Salamandre
n° 200
Octobre - Novembre 2010
Article N° complet

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