L’utilité de la salive d’ours

En Amérique du Nord, les ours bruns se nourrissent facilement de saumons. / © Max Goldberg

La salive récupérée sur des poissons partiellement dévorés par des ours bruns a permis à des scientifiques d’identifier les différents individus, de suivre leurs déplacements et leur état de santé. Une méthode non invasive plus simple et moins coûteuse que les techniques habituelles.

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Comment savoir combien d’ours bruns peuplent les forêts ? Quels sont leurs déplacements et leur état de santé? Autant de questions qui ont trouvé réponses grâce une technique des plus simples. En récoltant de la salive sur des carcasses de poissons, des chercheurs de l’Université de Californie ont réussi à récolter ces informations. Un procédé plus facile et moins cher que les techniques utilisées habituellement pour le suivi des populations. Leur étude est publiée dans la revue scientifique Plos One du 9 novembre 2016.

Traces d'ADN

L'ours brun est un omnivore dont l'alimentation varie selon les saisons. Opportuniste, il s'adapte aux conditions offertes par son milieu. Ainsi, en Amérique du Nord, les tardigrades profitent de la présence de saumons. Abondants en automne et en été, ils leur servent de pitance. Pourtant, ils ne dévorent que rarement ces poissons en entier, une chance pour les scientifiques.

photo aquatique saumon

Saumon / © NPS Climate Change Response

En effet, dans le sud-est de l’Alaska, des chercheurs se sont servis de ces saumons pêchés pour prélever la salive des ours. A partir de ces échantillons, ils ont pu prélever de leur ADN et en déduire l’identité de l’individu. Si l’analyse de salive a déjà été employée pour identifier des individus isolés lors d’attaques sur des animaux domestiques ou sur des humains, ou encore pour évaluer l’état de santé de certains animaux, aucune étude ne l’avait encore utilisée comme un outil de mesure et de suivi des populations.

Sans stress

La méthode traditionnelle consiste à récolter et analyser fèces ou poils d’ours. Les scientifiques ont donc comparé ces deux approches. Ils ont remarqué que la collecte d’échantillons salivaires était nettement moins énergivore et invasive que celle des poils ou des fèces. L’échantillonnage peut par exemple se faire à partir d’un bateau, ce qui permet de minimiser le dérangement auprès des ours se trouvant sur les berges. Un autre avantage de taille, le coût des analyses de salives s’est avéré deux fois moins élevé que celui des excréments.

Ours brun chassant le saumon / © Dawna Raven sky Zimbalist

Mais il y a faille en toute chose, l’analyse de salive pourrait être quelque peu biaisée. D’abord parce que les ours chassent de manière hétérogène ; certains arrivent plus que d’autres à capturer des saumons, d’autres ne sont peut-être pas portés sur le poisson. La qualité des échantillons, ensuite, peut être altérée à cause de l’eau de la rivière ou la pluie, ou par certains charognards qui viendraient contaminer les restes de poissons avec leur propre salive, comme le coyote, le vison d'Amérique ou la martre. Conscients de ces problèmes, les chercheurs recommandent donc de combiner les différentes méthodes existantes pour réduire la marge d’erreur.

Cette recherche devrait inspirer d’autres biologistes. Après avoir étudié les ours en Amérique du Nord, les auteurs estiment que les populations de n’importe quel type de prédateurs pourraient être étudiées avec leur méthode. Beaucoup d’animaux laissent de la salive sur les restes de leur nourriture.

Au détour de la rivière, ours brun et saumon se rencontrent. / © Christoph Strässler

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