Soleil, ennemi public nº 1

Les escargots des haies, jardins et forêts perchés en groupe forment un tableau d'une hypnotisante esthétique. / © Nick Derry

L'escargot est une éponge qui s'imbibe d'eau, mais qui la laisse fuir tout aussi vite. Son beau temps à lui, c'est la pluie.

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Le mucus de l'escargot est une merveille. Mais il nécessite énormément d'eau pour sa fabrication, ce qui aggrave le problème numéro 1 de tous les mollusques terrestres : la déshydratation. C'est une menace terrible et permanente pour un petit animal gorgé d'eau à 88 %… mais incapable de retenir cette dernière à travers sa peau. Voilà pourquoi les ambrettes, les maillots, les hélices des bois, les boutons, les zonites, les troques élégantes et tous les autres gastéropodes aux noms souvent savoureux fuient le soleil comme la peste. Les escargots vivent de nuit ou par temps couvert. Pour se déplacer, ils aiment quand le sol est imprégné de pluie ou de rosée, ce qui préserve l'humidité de leur précieuse semelle.
L'apparition du soleil provoque une panique lente mais certaine. Les escargots se cachent n'importe où pour ne pas rester à découvert par terre. Car le sol est un four qui absorbe la chaleur et peut atteindre une température de plus de 50 °C. Cuisson assurée ! Alors, les mollusques se réfugient aussi vite que possible entre deux racines, sous une feuille ou même dans un petit trou creusé d'urgence dans l'humus. Puis ils se recroquevillent dans leur coquille étanche et sécrètent un voile de mucus en travers de l'entrée. En quelques minutes, celui-ci se transforme en un film transparent qui laisse passer l'air mais pas l'eau.
Si l'attente se prolonge au-delà de quelques jours et que la concentration de liquide dans leur corps chute au-dessous de 80 %, les escargots réduisent leur activité au strict minimum. Ils rentrent comme dans une espèce d'hibernation en plein été : c'est l'estivation, un sommeil profond qui peut durer très longtemps.

Le soleil est l'ennemi principal de l'escargot

Escargot collé contre son support lors d'une sécheresse passagère / © Steen Drozd Lund / Biosphoto

De l'eau à tout prix !

Pour tenir le plus longtemps possible, l'escargot se colle fermement contre son support. Il stocke de l'eau dans son poumon et a une mini-usine de retraitement qui récupère l'eau de ses urines. Et puis, à moins qu'il ne soit trop profondément endormi, il profite chaque fois que possible de la rosée matinale : il glisse hors de sa coquille la pointe de son pied et pompe quelques précieuses gouttelettes.

Le soleil est l'ennemi principal de l'escargot

Les escargots des haies, jardins et forêts perchés en groupe forment un tableau d'une hypnotisante esthétique. / © Nick Derry

Escargot zébré haut perché

Pour fuir la chaleur qui se concentre au sol, beaucoup d'escargots se réfugient en hauteur. Ils grimpent le plus haut possible et scellent leur coquille contre une feuille ou une tige. Puis ils attendent immobiles des semaines, des mois s'il le faut, le retour de la pluie.
Les escargots des haies et leurs proches cousins escargots des jardins et des forêts se tiennent souvent perchés en groupe . C'est l'occasion d'admirer l'incroyable diversité de couleurs et de rayures qu'expriment ces trois espèces très proches. On suppose que des coquilles sombres chauffent plus vite et constituent un handicap dans les milieux chauds… et à l'inverse un avantage dans les régions plus froides. En revanche, le lien entre coloration et visibilité par les prédateurs, s'il a fait l'objet d'innombrables hypothèses, n'a pas jusqu'ici révélé de règle concluante.

Couverture de La Salamandre n°221

Cet article est extrait de La Salamandre
n° 221
Avril - Mai 2014
Article N° complet

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