Sexe et révolution

© Benoît Perrotin

Quelle mouche a piqué la reine des bourdons ? La voilà qui mijote des œufs d’un genre très spécial.

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18 août Depuis son accouplement qui date bientôt d’une année, sa majesté la reine des bourdons conserve précieusement un stock de spermatozoïdes dans une poche de son abdomen. Chaque œuf fécondé avec cette réserve produit une femelle. Mais aujourd’hui, pour la première fois, elle décide de pondre des œufs qu’elle prive volontairement de fécondation… Comme chez toutes les abeilles, ces œufs à un seul jeu de chromosomes vont donner des mâles. Des princesses vont bientôt les rejoindre.

C’est la reine qui contrôle la colonie. Sa taille imposante et son comportement agressif inhibent ses filles ouvrières. Chez certains bourdons, un cocktail d’odeurs royales renforce cette mainmise. Un changement de ce parfum détermine le moment à partir duquel les ouvrières enrichissent le régime alimentaire de larves femelles pour en faire des reines.
Car telle est en fin de compte la raison d’être de la cité souterraine : produire des sexués mâles et surtout un maximum de femelles fondatrices qui passeront l’hiver. Mais beaucoup de colonies n’y parviennent pas. Dans une étude portant sur 80 colonies de bourdon des champs, 48 nids n’ont produit aucun sexué, sans doute pour cause d’attaque de parasites ou tout simplement par manque de fleurs.

Sexe et révolution chez les bourdons

© Benoît Perrotin

Objectif accouplement

Suivant les espèces de bourdons, on a pu observer trois techniques de drague. Certains mâles se tiennent en embuscade à l’entrée d’une colonie pour ne pas rater la sortie des jeunes princesses.

D’autres attendent pendant des journées entières sur un perchoir dégagé. D’autres enfin patrouillent inlassablement le long d’itinéraires qu’ils marquent avec des parfums attractifs. Une fois fécondées, les reines continueront quelque temps à fréquenter la colonie en accumulant un maximum de réserves pour l’hiver.

Ecoutez le son original d'un accouplement de bourdons.

... La disparition tragique de sa fondatrice annonce la fin de la cité. Chacun pour soi et sauve qui peut !

13 septembre Avec la fin de l’été, les fleurs se raréfient, la compétition entre butineurs augmente. En même temps, l’élevage de futures reines fondatrices déstabilise la chimie de la colonie. Les ouvrières deviennent de plus en plus nerveuses et agressives entre elles, y compris avec la reine mère. Jusqu’ici, celle-ci était parvenue à monopoliser la reproduction en empêchant ses filles de pondre la seule progéniture que ces vierges peuvent produire : des mâles. Maintenant, certaines ouvrières pondent des œufs, essaient de les protéger, de les élever, détruisent le couvain de la reine…

La colonie perd sa cohésion. Et sa majesté elle-même est chassée à l’extérieur ou harcelée jusqu’à la mort, une fin tragique pour un insecte prodigieusement vieux d’une année. Des ouvrières étrangères en profitent pour se glisser dans la colonie et pondre elles aussi… Mais moins de 5 % de ces mâles arriveront à terme, car c’est maintenant le chaos. Avec les feuilles qui tombent, les bourdons affamés meurent les uns après les autres. Et bientôt, c’est la ruine complète.

Couverture de La Salamandre n°226

Cet article est extrait de La Salamandre
n° 226
Février - Mars 2015
Article N° complet

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