Sex and the cui-cui

Article extrait du dossier Mésange mi-démon
Chez les mésanges charbonnières, la femelle regarde beaucoup la cravate des prétendants. Une cravate marquée est gage de vigueur. / © Denis Clavreul

Chez les mésanges charbonnières, c’est toujours elle qui choisit. Alors il parade. Elle le veut beau et bien cravaté, mais pas seulement. Sa personnalité aussi la séduit. Il la suit partout. Elle pense déjà à un autre…

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Episode 1 : va-t-il la séduire ?

Le mâle se tient droit comme un i et bat des ailes rapidement comme un colibri. Elle observe son manège et surtout sa cravate. Est-elle assez large, assez brillante ? Chez les oiseaux, beaucoup de femelles sont sensibles aux couleurs chatoyantes, elles veulent du rouge, du jaune ! La charbonnière serait-elle une élégante ? Un masque et une cravate très marqués sont gages de vigueur. La mélanine, qui colore les plumes en noir, révèle que l’oiseau produit des antioxydants qui combattent le vieillissement de ses cellules. De plus, il a été montré que les mâles affichant une belle cravate ont la descendance la plus vigoureuse et les nids les mieux défendus.

Chants, poursuites et offrandes sont des rituels qui participent au rapprochement des deux sexes. Avant d’accepter les accouplements, la femelle se comporte comme un oisillon qui quémande de la nourriture. Elle piaille et bat des ailes nerveusement jusqu’à ce que le mâle lui offre un puceron ou un limaçon. Elle continuera ainsi jusqu’à l’éclosion des premiers œufs. Teste-t-elle de cette façon les capacités du mâle à prendre soin de leur future progéniture ? En tout cas, elle doit choisir, ce sera lui.

Episode 2 : va-t-il la garder ?

En bon cavernicole, le mâle a trouvé une cavité pour accueillir le nid. Il pépie, il appelle. Elle le suit jusqu’à un trou creusé dans un vieil arbre, une ancienne loge de pic. A nouveau, elle doit faire son choix. Et lui, avancer ses arguments. Il entame sa démonstration, il entre et sort du trou, pique l’entrée de son bec pour l’inviter à visiter les lieux. Puis il pénètre à l’intérieur et pousse des cris pour obtenir son approbation. Elle est satisfaite et entreprend seule la construction du nid. Cette activité exige de nombreux déplacements pour rechercher mousses, poils et plumes.

Durant toute cette période, le mâle suit la femelle partout sans cesser de chanter à ses côtés. Délaissant momentanément la défense des frontières du territoire, c’est autour d’elle qu’il s’égosille. Pourquoi donc puisqu’elle est déjà séduite ? L’oiseau se signale ainsi à tous les intrus de passage, qui pourraient vouloir copuler avec sa femelle. Cette dernière est très fertile juste avant et pendant la ponte. Grâce à des analyses de l’ADN, on a découvert que les oisillons d’une même couvée ont parfois des pères différents. Le moindre moment d’inattention peut être fatal.

Mésange charbonnières / © Denis Clavreul

Episode 3 : serait-elle volage ?

Elle cherche de la mousse pour leur nid, lui poursuit une araignée qui croit pouvoir se cacher sous l’écorce. Pourchassant sa proie, il n’entend pas le rival qui se glisse au côté de la belle. Quelques secondes seulement et l’accouplement a lieu. Une seconde de plus et l’amant a disparu. Pourquoi la femelle est-elle infidèle ? Elle accepte les avances d’un autre mâle car son but essentiel est d’élever des petits dont les gènes sont le plus variés possible. Ainsi, quoi qu’il arrive, il y a une chance que certains jeunes s’adaptent et survivent. La beauté des mâles renseigne sur leur bonne santé. Mais l’apparence ne fait pas tout.

Les animaux, comme les hommes, ont des personnalités différentes. Chez les mésanges, il y a des oiseaux timides et d’autres plus audacieux. Quand les deux membres du couple ont le même caractère, les infidélités sont plus fréquentes. Deux timides ensemble ? Elle risque de se laisser séduire par un audacieux. Un couple d’audacieux ? Elle sera tentée par un timide. Bientôt, des œufs de pères différents viendront emplir le nid fraîchement façonné. Mais un seul mâle participera à l’élevage de la couvée.

Couverture de La Salamandre n°196

Cet article est extrait de La Salamandre
n° 196
Février - Mars 2010
Article N° complet

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