Sentinelle, le film de Vincent Chabloz

Extrait du film Sentinelle de Vincent Chabloz. / © Vincent Chabloz

Sentinelle est plus qu'un film étourdissant sur le faucon pèlerin. C'est aussi un document d'une inquiétante actualité sur les dangers des nouveaux pesticides. Interview du réalisateur Vincent Chabloz.

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Vincent Chabloz, vous avez passé cinq ans à filmer le faucon pèlerin, essentiellement dans le Canton de Vaud. Pourquoi avoir appelé votre film Sentinelle ?

Beaucoup de séquences du film montrent le faucon pèlerin sur son perchoir favori. Posé sur un épicéa sec dans la falaise, l'oiseau ressemble à une sorte de gardien. Il surveille ses proies, mais ce n'est pas tout.

Qui d'autre l'oiseau guette-t-il ?

Le rapace veille aussi en quelque sorte sur nous. Le but de mon film n'était pas simplement de faire un portrait de ce splendide rapace. Sentinelle véhicule un message essentiel. Le faucon pèlerin est l'ange gardien de tout l'écosystème. Dans les années 1960, son déclin nous a alertés sur les dangers des insecticides organochlorés. En nous incitant à le protéger, il nous a aussi indirectement préservés.

Pourquoi est-ce une si bonne sentinelle ?

Le faucon pèlerin est un superprédateur situé tout en haut des chaînes alimentaires. Il se nourrit indifféremment d'oiseaux granivores, frugivores, insectivores ou carnivores. Son organisme concentre toutes les molécules toxiques. Et puis, ce rapace magnifique suscite toujours beaucoup d'admiration. Il était difficile de rester insensible à la disparition de l'animal le plus rapide au monde.

Sentinelle, le film de Vincent Chabloz

Extrait du film Sentinelle de Vincent Chabloz. / © Vincent Chabloz

Le faucon pèlerin est donc de retour. Que nous dit-il aujourd'hui ?

Dans les années 1990, les industries agrochimiques ont remplacé le DDT par les néonicotinoïdes. Ces insecticides sont actuellement les plus utilisés au monde. Pourtant, ils sont jusqu'à 10'000 fois plus puissants et toxiques que les produits de la génération précédente. Quel est l'effet de ces nouveaux cocktails chimiques sur la faune... et aussi sur nous ? Le faucon pèlerin en payera-t-il à nouveau les conséquences ?
On parle beaucoup de la mort des abeilles, un peu moins du déclin de l'ensemble des insectes pollinisateurs. Ces substances chimiques empoisonnent l'ensemble des écosystèmes comme autrefois le DDT. S'inquiéter pour les abeilles comme nous l'avons fait pour le faucon pèlerin, c'est finalement aussi se soucier de notre santé. Alors, quand allons-nous réagir ?

Actuellement, les effectifs du rapace sont stables ou en légère diminution. Serait-ce à cause du retour discret du hibou grand-duc ?

Dans certaines régions, le faucon pèlerin a pu vivre tranquille sans son prédateur naturel pendant un siècle. Le retour du hibou grand-duc est une bonne nouvelle, mais quand celui-ci s'installe sur une falaise, les pèlerins se font tôt ou tard cueillir en plein sommeil. Ou alors, ils déménagent. Cette disparition de certains sites est un rééquilibrage naturel. Rien à voir avec les conséquences dramatiques de l'utilisation des pesticides dont je voulais souligner les dangers.

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Couverture de La Salamandre n°229

Cet article est extrait de La Salamandre
n° 229
Août - Septembre 2015
Article N° complet

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