Secrets de martin-pêcheur

Le martin-pêcheur passe beaucoup de temps à se toiletter. Un geste vital pour l'étanchéité de son plumage. / © Danny Green

Vol fulgurant au ras de l’eau, couleur bleu ciel, toilette vitale… Mode d’emploi d’un missile à ailes courtes, le martin-pêcheur.

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Souvent précédée par un tit-tiiit suraigu, l’apparition du martin-pêcheur évoque un éclair ou une flèche bleue hyperrapide. Cette impression de vitesse est accentuée par sa petite taille, par sa trajectoire directe et aussi par une étonnante capacité à effectuer des virages presque à l’équerre.
Sa maniabilité fulgurante, notre oiseau la doit à la forme courte et arrondie de ses deux ailes. Celles-ci sont actionnées par une musculature puissante qui permet des battements très rapides. Quelquefois même, comme un colibri, il se permet de courts vols stationnaires. On peut alors le voir suspendu au-dessus de l’eau pour préciser la trajectoire d’un plongeon imminent. Le prix à payer pour ces exploits aériens ? Une fringale d’énergie qui équivaut chaque jour à la moitié de son propre poids en nourriture riche en protéinée, autrement dit à quinze à vingt petits poissons ou insectes aquatiques.

Les secrets du martin-pêcheur d'Europe

Zoom sur les plumes du martin pêcheur / © Jean-Lou Zimmermann

Le plumage du martin-pêcheur nous épate… et pourtant il ne nous est pas destiné. Les teintes plus ou moins vives et irisées d’un oiseau indiquent très précisément aux rivaux ou aux partenaires potentiels son état de santé. Chez ce passereau peu doué pour le chant, ce sont les signaux visuels qui priment. Couleurs, reflets, postures de cour ou de menace. A propos de couleur, aucun pigment n’est à l’origine de ce fascinant éclat bleu. C’est la géométrie intime de chaque plume qui explique son aspect incomparable.
Ces plumes sont assurément belles, mais ce n’est pas leur seule qualité. A l’instant où le martin-pêcheur transperce la surface de la rivière, son duvet épais et serré devient une combinaison étanche extrêmement isolante. Et ses ailes aux rémiges rigides se transforment en deux nageoires contre lesquelles il s’appuiera au moment de jaillir hors de l’eau. Car bientôt, ce sera l’heure de la pêche.

Les secrets du martin-pêcheur d'Europe

Martin-pêcheur flashé en plein piqué / © Charlie Hamilton James / npl

Bleu illusion

Il n’existe pas de pigment bleu dans le monde animal. La couleur irisée du dos, des ailes et de la queue du martin-pêcheur est un effet d’optique provoqué par la décomposition de la lumière. De minuscules bulles d’air encapsulées dans les barbes et les barbules de la plume diffusent et renvoient les longueurs d’onde bleues. Tout le reste du spectre visible disparaît, absorbé par une couche de mélanine sombre située en dessous. Et le tour est joué ! Cet artifice lumineux s’appelle l’effet Tyndall, du nom du physicien irlandais qui expliqua pour la première fois ce phénomène.

Bleu TGV

Quand il vole au-dessus de la rivière, le martin-pêcheur peut atteindre une vitesse de pointe de 45 km/h. Et au moment où il touche la surface de l’eau, son corps se transforme en une torpille fuselée qui plonge à une vitesse de 2 à 4 m/s. Cette transition réussie de l’air à l’eau a inspiré des ingénieurs japonais. Ils devaient concevoir un TGV devant traverser de nombreux tunnels où la pression de l’air augmente brutalement. La fabrication d’une locomotive au profil directement inspiré de cet oiseau a permis de réduire la facture d’électricité de 10 % tout en augmentant la vitesse du train de 15%.

Ce martin-pêcheur passe en revue chacune de ses rémiges lors de sa séance de toilettage. / © Hansruedi Weyrich

Bleu délicat

Le martin-pêcheur interrompt ses activités au minimum six fois par jour pour une séance de toilettage d’une vingtaine de minutes. Aucune coquetterie : toute saleté ou défaut de l’étanchéité du plumage représente une menace mortelle. L’oiseau commence par trois à quatre plongeons dans l’eau avant de se poser sur un perchoir. Puis, avec son bec, il lisse et graisse toutes ses plumes, mais vraiment toutes… quitte à prendre de drôles de positions.

Couverture de La Salamandre n°223

Cet article est extrait de La Salamandre
n° 223
Août - Septembre 2014
Article N° complet

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