Dans le box des accusés

Laie accompagnée de ses marcassins âgés de quelques semaines. / © Gilbert Hayoz

Adaptables intelligent et audacieux, le sanglier fait parler de lui. Souvent en mal, hélas ! Pourtant, les ravages qu'on lui impute résultent le plus souvent des activités humaines.

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« Le sanglier, bête noire des écosystèmes » « Un salon de coiffure dévasté » ou encore « Les sangliers attaquent ! » . Chaque semaine, la presse régionale fait ses choux gras des derniers méfaits des suidés. Au-delà de l'anecdotique et du sensationnel, y a-t-il vraiment un problème sanglier ? « Oui ! » répondent en chœur scientifiques, chasseurs et protecteurs de la nature. Et l'homme en est en grande partie responsable. Etat des lieux.

Glouton de maïs

Les effectifs ont nettement augmenté ces dernières décennies. C'est évidemment le nœud du problème. « Dans les années 1970, on tuait 50'000 à 100'000 sangliers par an. Aujourd'hui, on en abat 500'000. La population est estimée à 1,2 million, mais ce chiffre reste très approximatif », précise Eric Baubet, chargé de projet sanglier à l'Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage. Cette évolution résulte de causes multiples. « Il y a eu trop de lâchers, parfois d'animaux hybridés avec des porcs domestiques, qui se reproduisent davantage. Par ailleurs, les sangliers ont été habitués à manger du maïs » , analyse Christophe Aubel, porte-parole de la Ligue ROC, une association de protection de la nature.

La céréale paie d'ailleurs le plus lourd tribut à leur appétit, avant le blé, l'orge, les prairies et les vignes.
A la fois victimes et sources du problème, les monocultures d'épis jaunes mordent sur la forêt en même temps qu'elles offrent des zones de tranquillité et de nourriture. « L'atteinte aux cultures est un grand problème mais n'est pas généralisé. Sur 90% du territoire, il est même négligeable », affirme Benoît Guibert, responsable du service dégâts de gibier de la Fédération Nationale des Chasseurs. Seules 10% des communes françaises totalisent 75% de la facture payée aux agriculteurs par les chasseurs pour des destructions dans les champs. Le Haut-Rhin, bien connu pour ses cultures intensives de maïs, abrite la grande majorité des points noirs du pays.

L'effet réserve

Comment apparaissent ces zones à problèmes ? Les sangliers profitent des zones non chassées : terrains militaires, réserves naturelles et propriétés privées. Les hardes s'y réfugient en journée et en sortent la nuit pour aller se nourrir dans les champs avoisinants.
Autre point qui n'arrange pas les problèmes de surpopulation, le productivisme cynégétique. « Les chasses privées empilent du sanglier pour que leurs clients puissent à coup sûr repartir avec des trophées » , s'indigne Benoît Guibert. Christophe Aubel d'ajouter : « L'élevage pour la boucherie est à l'origine de nombreuses échappées. Sans compter les lâchers clandestins de certains chasseurs. »

Ces cités qui s'étalent

Enfin, les collisions avec les voitures et les incursions en ville représentent les deux autres sujets de frictions entre Homo sapiens et Sus scrofa . « Trop souvent, l'extension des zones urbanisées se fait sans prendre en compte la présence des animaux. Ce sont les humains qui empiètent sur le domaine vital des sangliers et non l'inverse », rappelle Benoît Guibert.
La solution pour réguler les populations? La chasse, évoquée par tous les interlocuteurs. Mais pas seulement.
Une meilleure prise en compte des habitudes et des modes de vie des animaux ainsi qu'une réglementation plus stricte des pratiques de nourrissage hivernal ou d'élevage attendent d'être mises en œuvre. « Il faut s'interroger sur la place du sanglier dans l'écosystème. Ainsi que sur la tolérance de l'homme envers ses semblables et envers la nature. Une fois encore... » conclut Eric Baubet.

Le loup est le principal prédateur du sanglier.

Le loup est le principal prédateur du sanglier. / © Pascal Grand

Loup y es-tu ?

A part l'homme, le loup reste le prédateur le plus sérieux du sanglier. Il s'attaque de préférence au chevreuil et au cerf mais capture aussi les marcassins et les membres les plus faibles d'une harde. Le retour de ce carnivore pourrait-il faire partie de la solution ? « Compte tenu de ses faibles effectifs actuels, 180 à 200 individus, il est peu probable que le loup puisse jouer son rôle de prédateur dans la décennie à venir. A l’exception peut-être des zones sud-alpines » analyse Dominique Py, de France Nature Environnement, qui partage ainsi l'avis de l'ONCFS.

Couverture de La Salamandre n°209

Cet article est extrait de La Salamandre
n° 209
Avril - Mai 2012
Article N° complet

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