Rosa, rosam, rosae…

Article extrait du dossier La vie en roses
Rosier tomenteux (Rosa tomentosa) / © Benoît Renevey

La rose, en latin Rosa. Regardez-la bien quand vous l’aurez trouvée, un jour de promenade près d’un glacier ou sur un terrain vague. Qui s’y frotte s'y pique... mais rien n’empêche de s’en approcher doucement.

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Vous habitez en ville ou à la campagne ? En bord de mer ou à la montagne ? Où que vous soyez, vous n'aurez aucune peine à rencontrer une rose sauvage lors de votre prochaine balade. Pionniers par excellence, les églantiers sont partout : ils colonisent les terres les plus incultes, s'accrochent aux falaises, s'appuient aux barbelés et s'incrustent entre les pavés. Le genre Rosa a conquis tout l'hémisphère Nord, prospère sous un climat tempéré mais supporte aussi les chaleurs subtropicales et le froid de l'Himalaya.

Au XVI esiècle, les colons espagnols l'emportèrent en Amérique latine où il n'existait pas. Ils voulaient en faire des haies ou des clôtures défensives telles qu'elles existaient dans les campagnes de la vieille Europe. Depuis, Rosa rubiginosa prospère dans les pays andins. Au total, le nombre d'espèces avoisinerait les 150 dans le monde et la cinquantaine en Europe. Les botanistes préfèrent parler au conditionnel car, avec les roses, rien n'est jamais sûr.

Le casse-tête du classement

Et pour cause ! Question polymorphisme, les églantiers sont des champions. Selon la composition du sol, l'exposition et la situation géographique, certaines espèces – et en particulier Rosa canina – pourront prendre des allures élancées ou rabougries, et avoir des fleurs blanches ou roses, dont la taille peut varier du simple au double. La plupart des espèces ne se contentent pas d'un normal double jeu de chromosomes. Elles peuvent avoir trois, quatre, cinq ou plus d'exemplaires de chacun d'entre eux, ce qui multiplie les combinaisons génétiques dans la descendance ou favorise au contraire les caractères d'un des deux parents... à moins que les rosiers ne préfèrent s'autoféconder ou alors s'hybrider spontanément !

Après plusieurs siècles de confusion, liée aussi au fait qu'on attribuait autrefois des noms latins aux roses cultivées, les botanistes ont fini par ranger nos rosiers sauvages européens en une dizaine de groupes aux caractères plus ou moins bien typés. Mais le débat continue à faire rage au niveau des espèces.

Les détails piquants

Au premier abord, les différents églantiers pourront vous paraître assez semblables : corolle à cinq pétales, feuilles composées, port buissonnant et rameaux épineux. Approchez-vous un peu, car les différences se jouent dans l'intimité de la fleur, au revers des sépales ou à l'aisselle des folioles. La forme de l'organe femelle est essentielle : les styles seront courts ou soudés en colonne, les stigmates plus ou moins renflés. Les sépales peuvent être entiers ou découpés en lanières, imberbes ou poilus, et tomber ou non directement après la floraison.

A la base des feuilles, les pétioles portent deux stipules à oreilles rondes ou pointues, ciliées ou glanduleuses. Les épines pourront aussi aiguiller le botaniste amateur : elles seront droites chez le rosier des Alpes ou carrément crochues chez l'églantier commun. L'automne enfin vous révélera d'autres surprises. Petites outres ou longues amphores, les fruits sont d'une variabilité extraordinaire, tandis que les feuilles virent au jaune feu ou au rouge pourpre suivant le nuancier que la nature a inscrit dans leurs gènes.

Couverture de La Salamandre n°204

Cet article est extrait de La Salamandre
n° 204
Juin - Juillet 2011
Article N° complet

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