Retour du sud

Article extrait du dossier Le milan noir, messager du soleil
Points d'eau et verdure attirent comme un aimant les oiseaux migrateurs venus passer l'hiver en Afrique. / © Jérôme Gremaud

Comment les milans noirs rejoingnent l’Europe en quelques jours.

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Où sont-ils en ce jour de février, au moment même où vous lisez ces lignes ? Quel paysage leurs ailes survolent-elles ? Les milans noirs ont abordé le continent africain au mois d'août. Ils ont maraudé dans le Sahel à la fin de la saison des pluies, puis sont progressivement descendus vers le Sud au fur et à mesure que la sécheresse s'avançait. Depuis décembre, la plupart d'entre eux vagabondent au-dessus des savanes et des cultures que l'homme a ouvertes dans l’ancienne forêt tropicale. Le domaine hivernal des milans noirs ouest-européens s'étend dans l'immense espace qui va du Sénégal jusqu'au Cameroun.

Milan noir en vol / © Pierre Baumgart

Quelles nourritures débusquent-ils dans ces pays lointains ? Des charognes repérées en prospectant systématiquement les routes et les pistes. Des pêches faciles en eau dormante. Des ordures accumulées en décharges gigantesques à la périphérie des grandes villes. Les milans tournoient par centaines au-dessus de ces garde-manger à ciel ouvert. On les retrouve autour des feux de brousse comme des moucherons autour d'une lampe. Peu doués pour capturer des proies dans la végétation, ils cueillent en plein vol des dizaines de gros criquets qui fuient les flammes. Ou saisissent au sol toutes les bêtes qui fuient ventre à terre.
Suspendus dans le ciel des tropiques, les milans noirs tournoient à l'affût d'une bonne occasion. La faim les rend parfois audacieux. Un ornithologue en a vu un se servir dans un panier rempli de poissons qu'une femme portait sur sa tête...

L'heure de quitter le Sud sonne début février. De plus en plus d'oiseaux survolent la savane en direction du Sahara. Les milans sont de la partie. Avec une rare économie de mouvements, ces planeurs montent en spirale dans une ascendance d'air chaud, puis glissent sur des kilomètres jusqu'au prochain ascenseur thermique. Le désert est franchi aussi vite que possible, au rythme de 200 à 500 kilomètres par jour. Beaucoup de migrateurs attendent que des vents favorables soufflent du sud au nord avant de se lancer. La traversée des milans noirs se concentre sur deux ou trois fenêtres météo favorables. La plupart d'entre eux arrivent ainsi en quelques vagues successives sur les rives de la Méditerranée.

Milan noir / © Pierre Baumgart

Faute d'ascendances thermiques, la mer est un obstacle autrement plus redoutable pour des oiseaux incapables de franchir de grandes distances en vol battu. Les milans doivent traverser au plus court par Gibraltar ou atteindre l'Italie via la Sicile. Dans les deux cas, ils n'y parviennent que si les vents sont de la partie. Ainsi, de la troisième semaine de février jusqu'à la mi-avril, Gibraltar voit passer plus des trois quarts des milans noirs d'Europe de l'Ouest. Certaines journées mémorables, ils sont des milliers à franchir en même temps le détroit. Le record comptabilisé en un seul jour est astronomique : 13'000 individus !

Encore quelques jours et les rapaces planeront à nouveau au-dessus des plaines verdoyantes de l'Europe.

Suivez leur périple avec l'Opération milan noir

Couverture de La Salamandre n°208

Cet article est extrait de La Salamandre
n° 208
Février - Mars 2012
Article N° complet

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