Mille et une galipettes

Article extrait du dossier Expédition tardigrades
Tardigrade / © Martin Mach

Et pour se reproduire, quelles positions prennent les tardigrades ? Et d’abord, y a-t-il des femelles et des mâles ? Début de réponses.

Avatar de Julien Perrot
- Mis à jour le
Article d'origine par

On sait finalement très peu de choses de nos voisins les plus proches. Surtout quand il s’agit de sexualité ! Prenez par exemple le tardigrade Echiniscus honorable habitant de nos jardins. Pendant 150 ans, on a cru avoir uniquement affaire à des femelles se reproduisant par parthénogenèse et par conséquent étrangères à tout amour charnel. Or, voilà qu’en 1987 un chercheur découvre par hasard dans ses collections plusieurs individus munis de deux testicules tout ce qu’il y a de plus authentique.

Attirances

De manière générale, les tardigrades mâles sont rares. Ils se font désirer en ne représentant que 10% de la population au grand maximum. Quelques observateurs chanceux ont tout de même surpris de véritables parades nuptiales. Habituellement, les oursons d’eau paraissent indifférents les uns envers les autres. Mais parfois, par des mystères qui nous échappent, une femelle aux œufs mûrs devient attractive. Elle attire un prétendant qui déambule autour d’elle, la stimule avec ses soies sensorielles et finit par lui grimper dessus.

Chez beaucoup d’espèces, la fécondation est interne et les œufs sont tout simplement déposés sur un support végétal. Mais il existe aussi des tardigrades chez lesquels l’accouplement provoque une mue de la femelle. Dans ce cas, le mâle injecte bel et bien sa semence dans le cloaque de sa partenaire. Celle-ci rejette simultanément sa vieille cuticule tout en y pondant ses œufs. C’est là, dans cette enveloppe protectrice, que les spermatozoïdes rencontrent les ovules. On a observé des femelles transporter quelque temps avec elles cet emballage encombrant et son précieux contenu. Un Styraconyx a même été vu donner naissance à des petits tout formés.
Parmi les espèces marines, certains préféreraient s’accoupler ventre contre ventre. Mais le Kama-sutra tardigradique reste à écrire.

A deux et tout seul

Pas bêtes, les mâles savent distinguer à distance les femelles enclines à une reproduction sexuée de celles qui privilégient la parthénogenèse. Car tous les cas de figure sont possibles y compris, chez certains tardigrades, la présence de sujets hermaphrodites, autrement dit à la fois mâles et femelles.
Dans ce cas, un seul organe produit ovules et spermatozoïdes. Cette stratégie cumule les avantages en permettant à tous les individus d’une population de produire des descendants tout en conservant le brassage de gènes propre à la sexualité.

Oeuf de tardigrade / © Meckes & Ottawa / Eye of science

Les œufs des tardigrades présentent des ornementations spectaculaires. On suppose que ces excroissances de forme variée ralentissent la dessiccation ou rendent incommode l’attaque d’un nématode, à moins qu’elles ne favorisent l’oxygénation de l’embryon en augmentant la surface de contact avec l’extérieur.

Oeufs de tardigrade / © Martin Mach

Les œufs des tardigrades sont eux aussi capables de se déshydrater pour résister à des conditions extrêmes. S’il n’est pas mis en veilleuse par pareille mésaventure, le développement des embryons dure d’une à trois semaines.

Bébé tardigrade sortant de son œuf / © Martin Mach

Image rare : la naissance d’un bébé tardigrade après que celui-ci est parvenu à percer l’enveloppe de son œuf avec ses deux stylets flambant neufs.

Tardigrade / © Martin Mach

Après la vie, la mort. Celle-ci surviendrait au plus tard après douze à quinze mois d’activité, sans compter les épisodes de déshydratation qui peuvent durer chacun jusqu'à deux ou trois ans. Belle espérance de vie pour une si petite bête…

Couverture de La Salamandre n°195

Cet article est extrait de La Salamandre
n° 195
Décembre 2009 - Janvier 2010
Article N° complet

Réagir