Silence, on chante

Les applications smartphone imitant le chant des oiseaux ne sont pas si anodines que cela. / © Alessandro Staehli

Laisser son smartphone claironner des chants d'oiseaux dans la nature perturbe l'avifaune. L'ornithologue et écrivain Philippe J. Dubois nous ouvre les yeux et les oreilles sur cette problématique qui prend de l'ampleur.

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Philippe J. Dubois

Dans quel but diffuse-t-on des chants d'oiseaux dans la nature ?

La technique de « la repasse », qui n'est pas née avec les smartphones, est principalement utilisée par les ornithologues pour attirer les oiseaux difficiles à voir.

Pour ou contre l'utilisation de ces applications ?

Certains pensent que cette pratique est à proscrire totalement. Je serai plus modéré. Tout dépend de l'espèce que l'on souhaite voir et du comportement de l'observateur. La repasse est à éviter pour les espèces rares de montagne, comme la chevêchette d’Europe, la chouette de Tengmalm ou les tétras. Mais si vous souhaitez voir un pouillot de Bonelli dans le sud de la France, pourquoi pas ? On passe son chant une fois, puis, l'observation faite, il faut cesser.

Quelles sont les conséquences d'un abus ?

Quand il entend le chant d'un autre oiseau de son espèce, un mâle croit qu'un intrus a pénétré son territoire. Il va tenter de le débusquer pour le faire fuir et dépenser inutilement de l'énergie. En période de reproduction, le stress peut l'amener à abandonner son territoire ou à cesser le nourrissage des petits. Distrait, il risquera de se faire capturer par un prédateur.

Comment « observer responsable » ?

Il faut d'abord être conscient que les dérangements sont réels et entraînent des conséquences invisibles pour nous mais parfois catastrophiques pour la faune. Forcer un groupe d'oiseaux qui s'alimente sur une plage à s'envoler n'est pas anodin. C'est comme si on vous faisait quitter la table précipitamment en plein déjeuner ! Un naturaliste responsable fera toujours passer le bien-être de l'animal avant une belle observation ou une photographie spectaculaire.

Couverture de La Salamandre n°209

Cet article est extrait de La Salamandre
n° 209
Avril - Mai 2012
Article N° complet

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