La course au pollen

Cétoine / © Jean-Claude Teyssier

Le premier chapitre de cette histoire remonte à l’invention de la fleur. A l’époque des dinosaures, magnolias et nénuphars étaient broutés par des visiteurs beaucoup plus rustiques que les abeilles.

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Voyez un nénuphar qui trône au milieu des eaux, somptueuse spirale de feuilles blanches qui deviennent baguettes mâles et femelles en se resserrant. Ce modèle de fleur primitive, dérivé d’une pive de conifère, date d’environ 120 millions d’années.

Pourquoi des couleurs, des parfums ? Les premières plantes dispersaient leur pollen exclusivement par le vent. L’invention de la fleur va leur permettre de diminuer les pertes liées à cette distribution hasardeuse en confiant leur semence aux insectes.

Nénuphar

Nénuphar / © Tofino1

Butin de brutes

Aujourd’hui encore, le nénuphar visible de loin attire surtout des coléoptères, partenaires maladroits et peu préparés aux subtilités végétales. Taupins, cétoines ou hannetons, une fois lourdement posés sur une fleur, la broutent droit devant eux, engloutissant étamines et pétales. Leur festin est dévastateur, mais il permet à un peu de pollen, accidentellement transporté dans leurs poils à partir d’une autre fleur, de féconder un ovaire miraculeusement épargné.

Pour augmenter ses attraits, le nénuphar sécrète un élixir qui perle à la racine des pétales : le nectar. Cette marchandise lui coûte trois fois rien, juste un peu d’eau et de sucre. Et comme les insectes en raffolent, l’affaire est entendue.

Donnant, donnant

En gros, voici les termes du contrat : la fleur offre à l’insecte une goutte de sirop produite à peu de frais et supporte une razzia parfois dévastatrice contre le transport de son pollen. Visiteur rassasié, plante fécondée, tout le monde y gagne.

Sous les tropiques, les hibiscus ont conclu un accord similaire avec des oiseaux. D’autres s’entendent avec des chauves-souris. Chez nous, le bouleau ou le noisetier ont simplifié leurs fleurs à l’extrême pour revenir à des amours légères comme le vent. Reste que la grande majorité des plantes à fleurs sont demeurées fidèles aux insectes, souvent avec des raffinements inouïs comme de positionner le nectar pour sélectionner un type particulier de visiteurs. Ou alors de contraindre ces derniers à adopter une position toujours plus précise. Tout cela pour produire toujours moins de pollen, juste le strict nécessaire. Tout cela… jusqu’à l’arrivée des abeilles.

Qui sont insectes pollinisateurs?

1 - LES COLÉOPTÈRES

Cétoine coléoptère fleur bleue

Cétoine / © Jean-Claude Teyssier

Les coléoptères comme cette cétoine sont les plus anciens insectes pollinisateurs. Peu agiles, ils ont besoin pour se poser d’une large piste d’atterrissage : ombelles du sureau ou de la carotte, corolles de l’églantier ou du nénuphar. Certains dévorent tout ce qu’ils trouvent, d’autres se concentrent sur le nectar, que parfois ils pompent avec une courte trompe. Quelques-uns enfin ont développé des brosses ou des cuillères à pollen.

2 - LES MOUCHES

syrphe mouche guêpe fleur

Syrphe, une mouche déguisée en guêpe. / © Jean-Claude Teyssier

Les mouches sont capables de se poser avec précision sur des fleurs délicates. En plus, elles possèdent un suçoir idéal pour aspirer le nectar. Voilà qui leur permet des miracles sur les renoncules, le lierre ou la menthe. Les syrphes, mouches virtuoses déguisées en guêpes, butinent scabieuses, vipérines ou serpolet.

Guêpe fleur jaune

Guêpe / © Nicolas Vereecken

3 - LES GUÊPES

Les guêpes lèchent volontiers le nectar avec leur langue, mais celle-ci, relativement courte, les limite à des corolles peu profondes. Certaines d’entre elles complètent à l’occasion leur menu protéiné avec un peu de pollen.

4 - LES PAPILLONS

Les papillons représentent le nec plus ultra parmi les buveurs de nectar. Ils peuvent vider une fleur en une seconde sans même se poser ! Leur outil ? Une trompe capable de sonder avec précision les corolles les plus profondes. Selon les espèces, ils dégustent le nectar à toutes les heures du jour ou de la nuit.

Papillon / © Jean-Claude Teyssier

Pour en savoir plus sur le sexe des plantes, lisez notre dossier.

Retrouvez tous les articles du dossier : La révolution des abeilles.

Couverture de La Salamandre n°185

Cet article est extrait de La Salamandre
n° 185
Avril - Mai 2008
Article N° complet

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