Un printemps plein champs

Le Seeland abrite encore du sauvage malgré la forte empreinte de l'homme dans cette région agricole. / © Karine Poitrineau

Alors que l'hiver accroche encore ses haillons blancs aux Alpes et au Chasseral, la plaine du Seeland, entre collines et lacs, montre sans attendre sa soif de printemps.

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Ne cherchez pas d'élément grandiose : aucune falaise à couper le souffle, aucun ravin, encore moins de torrent. Rien que du plat. Les marais qui s'étendaient entre les lacs de Neuchâtel, de Bienne et de Morat ont depuis longtemps disparu pour faire place aux cultures. Bienvenue dans le Seeland, la plus grande zone maraîchère du pays. L'empreinte de l'homme y est omniprésente, mais la nature sauvage n'en a pas disparu pour qui sait la voir.

Temps suspendu

Règle n°1, prendre le temps. Pour arpenter les chemins, suivre les canaux, scruter l'orée des bosquets.Musarder le long des haies, aussi. Loin des clichés dans lesquels on l'enferme, le sauvage se plaît parmi les champs, pour peu qu'on lui laisse assez de place. Comme récompense, un renard pas si farouche qui se laisse entrapercevoir. Ou ce lièvre, les oreilles attentives, qui disparaît tranquillement à petits bonds au détour du chemin. Il faut aussi guetter la silhouette gracile des chevreuils, ils ne sont certainement pas loin. Tout comme les blaireaux et les castors, mais pour eux il faudra sans doute se contenter de traces...

Les traces de castor ne manquent pas: copeaux qui jonchent le sol, troncs taillés en crayon, jeunes troncs de saules coupés d'un coup de dents… / © Karine Poitrineau

Règle n°2, lever la tête. Car les oiseaux ne sont pas en reste. En plus des sédentaires, de nombreuses espèces viennent du nord hiverner entre champs et marais, deux garde-manger bien fournis. Et, dès les premiers redoux, les retours de migration animent le ciel. Canards siffleurs en troupe, vanneaux huppés, sarcelles d'hiver ou, plus rares, buses féroces ou grues cendrées: l'ancien marais est un carrefour où chaque coin de ciel, de terre ou d'eau peut réserver de belles surprises.

Zones humides et plaines agricoles se côtoient dans le Seeland. / © Karine Poitrineau

Au pied du roi jurassien

Règle n°3, observer à 360°. Ce Seeland est plat, mais sans platitude. Parsemé de haies, de bosquets, de mares et de collines, il offre de superbes panoramas sur le Vully, le Chasseral, la chaîne du Jura, et le début des Alpes bernoises.
Et si le brouillard s'invite, persévérez! C'est dans ces moments-là que l'on fait les plus belles rencontres, dans une ambiance magique où tout apparaît comme en rêve dans la brume qui s'effiloche.
Pour l'heure, place à un soleil timide. De premières fleurs, lovées dans un creux de terre bien exposé, s'offrent au regard. A l'exemple de cette tache blanche, dans la haie. Tiens, non! La voici qui s'envole. C'était une piéride. Le printemps des papillons a déjà démarré.

Photo de chouette chevêche

Chouette chevêche / © Christian Fosserat

Héroïne de la renaturation

Au début des années 1960, la chouette chevêche était commune sur tout le Plateau. Plus pour longtemps, hélas. L'agriculture s'est modernisée, les vieux arbres dans lesquels elle nichait ont été rasés et les pesticides ont décimé les insectes et rongeurs qui la nourrissaient. Portée disparue du Seeland, la petite chouette ne se reproduisait plus qu'à Genève, au Tessin et dans le Jura.
Entamée il y a 15 ans, la renaturation du Grand Marais a progressivement redonné une respiration aux espaces agricoles : plantation de haies, recreusement de mares, exploitation raisonnée, pose de nichoirs. Des réaménagements qui ont profité à des espèces comme la pie-grièche écorcheur, le bruant jaune, la fauvette grisette, le bruant proyer et le tarier pâtre. Pour couronner ces efforts, un couple de chouettes chevêches s'est installé il y a six ans. La femelle provenait du canton de Genève, le mâle était d'origine inconnue. Pour l'instant, la situation de l'espèce reste précaire : pas plus de deux couvées enregistrées par année, voire aucune en 2011 en raison de la rudesse de l'hiver.

Itinéraire

Accédez à la carte détaillée de cette balade dans le PDF en bas de page.

Depuis Müntschemier

Müntschemier > Krümmi > Hanematt > Müntschemier

durée: 3h30

  • Depuis la gare, suivre les rails puis rejoindre la route de Chiètres (1).
  • La traverser et l'emprunter brièvement avant d'obliquer sur le chemin à gauche (2).
  • Au bout, prendre le petit pont puis longer le canal jusqu'au Mooswaldli. S'y engager (3).
  • On peut ensuite le couper ou le contourner (4).
  • Retraverser la route, puis la voie ferrée et bifurquer à gauche (5).
  • Emprunter le troisième chemin à gauche, puis gagner le canal sur la droite et le suivre (6).
  • Longer le Pré au Bœuf, puis l'orée du bois.
  • Le retour se fait le long du Hauptkanal (7), puis à gauche (8).

Depuis Anet (Ins)

Anet > Birkehof > Anet

durée: 2h30

  • Remonter la rue de la Gare puis bifurquer à gauche (9).
  • Après 500 m, prendre encore à gauche en direction du petit bois (10).
  • Continuer sur le même chemin pour passer sous la voie ferrée et l'autoroute (11).
  • Suivre ensuite le canal pour rejoindre le biotope de Witzwil (12).
  • Revenir en longeant le canal puis continuer tout droit sur Anet (13).

Accès en transports publics

Arrêts de trains réguliers en gare d'Anet (lignes NeuchâtelBerne et Neuchâtel-Fribourg) et de Müntschemier (ligne Neuchâtel-Berne). Horaires sur cff.ch.

à deux roues ou à cheval

Location de vélos possible en gares d'Anet (Tél. +41 (0)58 327 24 30) ou de Chiètres (+41 (0)58 327 60 30).

Pour des balades à cheval ou en attelage, voici quelques adresses : Jürg et Cornelia Notz (+41 (0)31 755 62 31), Marianne et Hans Gysel (+41 (0)31 75 79 33), tous deux à Chiètres, ou Barbara Uetz, à Treiten (+41 (0)32 313 35 89, uetz.ch ).

Hébergement et tuyaux gourmands

Site de la ville d'Anet (hébergements, loisirs…)

Hôtel Kreuz, à Anet (cuisine locale et excellentes pizzas). +41 (0)32 313 22 67.

Hôtel de la Gare de Müntschemier : +41 (0)32 313 18 12

Les règles d’or

  • Ne pas quitter les chemins : évitez de traverser les propriétés, de piétiner les terres agricoles et de déranger la faune.
  • Restez discrets, pour ne pas effrayer les animaux.
  • Partagez vos observations intéressantes avec les autres visiteurs du lieu mais aussi sur ornitho.ch : vos contributions permettront un meilleur suivi des espèces ainsi qu'une meilleure connaissance et protection de la région.

Eclairage par Martin Johner

Martin Johner

Martin Johner / © Albert Lüscher

Martin Johner est impliqué depuis plus de quinze ans dans la fondation du Réseau de biotopes du Grand Marais, dont il est chef de projet. En pleins travaux d'entretien sur la zone de la Krümmi, cet ancien enseignant nous livre ses bons tuyaux pour profiter de cette région qu'il connaît comme sa poche.

A) La cabane des contrastes « En continuant le long du canal, dans la forêt, on arrive à une petite cabane. J'aime bien cet endroit tranquille où l’on peut s'abriter et profiter de la transition entre le couvert forestier et les étendues ouvertes. »

B) Un plateau à voir d'en haut « Pour contempler la plaine du Grand Marais, il faut s'installer en hauteur : soit sur le mont Vully, soit sur les collines en face, par exemple sur le Geichberg, derrière Anet. D'en haut, on peut mieux appréhender le travail mené pour recréer des zones naturelles et connecter les milieux entre eux. Vous aurez aussi une belle vue sur les lacs. »

C) Langue de terre « Pour compléter vos observations d'oiseaux, faites un saut du côté du lac de Bienne. Reliée à la rive par une étroite bande de terre bordée de roselières, l'île Saint-Pierre est un lieu sauvage et singulier. Un grand observatoire permet de jumeller sans déranger, avec une vue imprenable. »

A pied, à cheval et en voiture… à cheval « Les chemins qui quadrillent le paysage laissent libre cours à son humeur pour se promener le long des champs. On peut marcher mais aussi varier les plaisirs: il est facile de louer des deux-roues et plusieurs centres équestres permettent de trouver une monture ou d'effectuer une balade en carriole. »

Couverture de La Salamandre n°208

Cet article est extrait de La Salamandre
n° 208
Février - Mars 2012
Article N° complet

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