Dans l’estuaire géant

La Baie de Somme à marée basse. / © Stéphane Bouilland

Joyau aux multiples visages, la Baie de Somme rythme la vie des hommes comme des oiseaux. Bol d’iode en Picardie, les pieds dans le sable.

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En ce début d’après-midi calme et lumineux au Hourdel, un voyageur non averti s’interroge et cherche du regard cette bouche béante ouverte sur la Manche qu’il a vue sur la carte. Les pieds dans des galets improbables, il ne voit que de l’eau à perte de vue. Le soir même, il découvre avec stupeur un paysage métamorphosé qui se perd dans un lit monochrome de sable à l’horizon. Les appels flûtés d’oiseaux percent dans les rafales de vent. La Baie de Somme a changé de visage en quelques heures sous l’effet d’une force invincible : une grande marée de coefficient 114.

Dunes, filles des falaises

Le littoral picard que la Somme fend pour mourir en mer est tout sauf un paysage monotone. Sur sa frange sud trônent des falaises calcaires de plusieurs dizaines de mètres de hauteur, typiques du pays de Caux en Normandie voisine. La mer et la pluie grignotent ces contreforts immaculés de 30 cm par an. Victor Hugo écrivait en 1837 que le bourg d’Ault « se défend comme il peut [et] pend déjà aux fêlures du rocher. » Cette érosion libère les galets de silex qui s’accumulent sur 16 km de cordon littoral. Les sables, eux, voyagent plus loin et bâtissent sur la rive septentrionale le massif dunaire du Marquenterre, le plus grand du nord de la France.

La baie au cœur

Entre galets et dunes s’étend la carte postale de la Baie de Somme : l’estran. Immense étendue difficile d’accès à cause des marées, cette mer de sable est une véritable réserve d’invertébrés en tout genre. Elle nourrit à marée basse des milliers d’oiseaux migrateurs et abrite la plus grande colonie de phoques veaux marins de France et quelques phoques gris. Immense mais étouffée, paraît-il. Les polders agricoles et l’accumulation de sable au fil du temps repoussent toujours plus l’eau et élèveraient le niveau du sol d’un ou deux centimètres par an. Sa surface aurait diminué des deux tiers par rapport au Moyen Age, quand Abbeville était encore un port…

La Somme des hommes

Le littoral est ici l’un des moins urbanisés de France. Mais l’homme pose tout de même sa main partout. Agriculture, pêche et tourisme font la diversité du lieu. Le gruyère formé par plus de deux mille mares de chasse à la hutte dans les prés salés reste la révélation la plus édifiante pour le naturaliste en visite. En automne, le défi des migrateurs est donc de se reposer et de se nourrir sans finir truffé de plomb. Heureusement, la réserve naturelle de la Baie de Somme et le Parc du Marquenterre garantissent un espace sans fusils.

Plus d'infos sur les phoques de Baie de Somme

Point sur le succès des Phoques de Baie de Somme avec Laetitia Dupuis.

Lors de cette Escapade, La Salamandre a croisé des compteurs de phoques.

Eclairage par Maxim Marzi

Maxim Marzi

Maxim Marzi

Guide-animateur nature

  • 1980 Naissance à Reims (Marne)
  • 2007 Licence en Gestion des espaces naturels et ruraux à Florac (Lozère)
  • Depuis 2008 Guide en Baie de Somme
  • 2014 Secrétaire du Syndicat des Guides de Picardie «Traces de Guides» Labelisé Qualinat, guide par nature

Pour Maxim Marzi, secrétaire du syndicat des guides de Picardie, on ne le répétera jamais assez, il ne faut pas s’aventurer seul sur l’estran à marée basse. A condition de respecter cette condition, la Baie de Somme en octobre est une terre de plaisirs pour les sens. « La fraîcheur du petit matin, les perles de rosée prisonnières des toiles d’araignée, les miroirs des sables mouillés et les ciels changeants sont un perpétuel enchantement.» Il y a toujours un vol d’oiseau à regarder, une note flûtée à identifier, une silhouette gracieuse d’échassier à admirer.
Côté fruits de mer, c’est la pleine période de la pêche des hénons par les professionnels. Cette coque, Cerastoderma edule, est le coquillage emblématique de la baie et sa récolte est réglementée.

Mais le récit de Maxim devient encore plus passionné lorsqu’il évoque un tout autre délice du littoral : l’argousier. Ce buisson épineux pionnier adapté aux sols les plus pauvres colonise les cordons de dunes tout comme la rive des torrents de montagne. Son petit fruit orange est riche en antioxydants, carotène, vitamines A, E, F et P et il contient dix fois plus de vitamine C qu’un citron.
Cette gourmandise des plus saines attire des milliers de passereaux frugivores qui ont besoin de faire des réserves pour leur long voyage. Pour le promeneur gourmand, c’est l’occasion de préparer des glaçons à l’argousier. Il suffit de presser des grappes de fruits effeuillées, de filtrer le jus obtenu et de le congeler dans des petits bacs. Délicieux et très stimulant pour l’hiver!

Itinéraire

Accédez à la carte détaillée de cette balade dans le PDF en bas de page.

Parc du Marquenterre

Distance: 1,7 à 3,7 5 km

Dénivelé: 0 m

Durée: 1 à 3h 1

  • (1) Parking ; Maison du Parc à visiter.
  • (2) Point de vue principal sur le parc et la baie.
  • (3) Circuit vert de 45 minutes pour une balade en famille avec 2 observatoires.
  • (4) Circuit bleu pour une plus grande immersion nature avec 7 observatoires supplémentaires en au moins 1h30.
  • (5) Tout le parc, 4 observatoires de plus pour un total de 13, le tout en au moins 2 heures de balade.

Banc de l’Ilette et Baie de Somme

Distance: 0 à 5 km

Dénivelé: 0 m

Durée: 1 à 4h

  • (6) Banc de l’Ilette, incontournable pour l’observation des oiseaux migrateurs en poste fixe dans les dunes.
  • (7) Balade sur l’estran de la Baie de Somme. Attention danger d’isolement et de submersion par la marée, accompagnement d’un guide professionnel obligatoire !

Accès en transports publics

En train jusqu’à Abbeville

En bus avec le réseau Trans80

A vélo avec 45 km de pistes cyclables : baiecyclette.com

Manger & dormir

Campings, résidences, locations, hôtels, chambres d’hôtes au Crotoy

Bistrots, brasseries, fruits de mer, gourmets, l’offre est pléthorique au Crotoy et à Saint-Valery-sur-Somme.
Un exemple ? La Table des Corderies avec ses produits locaux et son offre bio +33 (0)3 2216 30 61

Bio, zen et chic : Le Bruit de l’Eau à Saint-Quentin-en-Tourmont.

Matériel & règles d’or

  • Prévoir des vêtements pour toutes les conditions, le littoral peut changer de météo en quelques heures.
  • Ne pas approcher les oiseaux et rester à plus de 300 mètres des phoques.
  • Ne pas s’aventuer dans la baie sans guide.
  • Jumelles indispensables, longue-vue conseillée.

Ailleurs dans la région…

Chemin de fer de la Baie de Somme

A) Saint-Valery-sur-Somme Prenez le temps de découvrir la cité médiévale, les vestiges des remparts, les tours Guillaume, les petites rues pavées et fleuries, l’église Saint-Martin et ses ex-voto.

B) Hâble d’Ault Le Hâble d’Ault est un site unique en France. Cette zone humide protégée par un cordon de galets est un site de choix pour les naturalistes. Pas moins de 270 espèces d’oiseaux le fréquentent.

C) Abbeville Chapelle, musée, collégiale ou vitraux d’Alfred Manessier, offrez-vous une halte culturelle dans l’Abbevillois, porte de la Baie de Somme.

Stéphane Bouilland

D) Chemin de fer de la Baie de Somme Dans une ambiance Belle Epoque, découvrez la Baie de Somme à bord d’authentiques trains d’antan. Entre mollières, prés salés, saules et roseaux, en bord de mer ou le long de la Baie, visitez en famille, entre amis ou en groupe le Réseau des Bains de Mer en activité depuis 1887.

E) Baie d’Authie La baie d'Authie forme la frontière naturelle entre les départements de la Somme et du Pas-de-Calais. La petite sœur de la Baie de Somme est moins étendue que son illustre voisine mais offre une concentration incroyable de milieux sur une petite surface.

Couverture de La Salamandre n°236

Cet article est extrait de La Salamandre
n° 236
Octobre - Novembre 2016
Article N° complet

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