Pourquoi les insectes disparaissent-ils en hiver ?

Coccinelles en hibernation / © Shuichi Kubo / Bios

François Lasserre, conférencier et vice-président de l’Office pour les insectes et leur environnement (Opie), explique comment les coccinelles, papillons et autres animaux à 6 pattes passent l'hiver.

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Pourquoi les insectes disparaissent-ils en hiver ?

François Lasserre

Aucun insecte ne disparaît ! A l’exception des grands migrateurs comme le papillon belle-dame qui s’en vont au sud. Les autres deviennent surtout difficiles à voir car ils fuient la fraîcheur et les journées qui raccourcissent. Immobiles et vulnérables, ils trouvent des subterfuges efficaces comme le camouflage : une chrysalide lovée contre une branche de même teinte, un papillon citron à l’allure de feuille… D’autres se cachent dans une anfractuosité, s’enfouissent dans le sol ou se glissent sous une écorce. En fait, l’hiver n’est plus le règne des insectes adultes, volants et remarquables, mais plutôt celui des œufs, des larves et des nymphes, petits et bien cachés.

Tout ce petit monde est en pause alors ?

Oui. Une sorte de veille hivernale appelée diapause. Il n’y a plus rien à manger, il est donc dangereux de dépenser de l’énergie. D’autant que les insectes ne savent pas maintenir leur température interne, ce qui les empêche de se mouvoir lorsqu’il fait froid. Quand ils se réfugient dans une maison, ce n’est pas pour trouver du chaud, mais un endroit à température constante comme une grotte. Si des coccinelles, punaises grises et autres paons du jour se retrouvent dans votre salon, ils ne peuvent pas entrer en hibernation et finissent par mourir en épuisant leurs réserves nutritives. Pensez à les remettre dehors pour qu’ils trouvent un abri plus adapté.

Il n’y a pas d’exceptions parmi les insectes ?

Il y a toujours des exceptions. Le soleil est capable de réveiller des mouches, des punaises ou des papillons en plein mois de janvier. Plus on va vers le sud, plus il y a des imagos - adultes - susceptibles d’être actifs en hiver. Et puis, nous avons le cas de l’abeille domestique. Dans la ruche, les ouvrières maintiennent une température d’environ 35 degrés au cœur de la colonie en s’agitant. Leurs réserves de miel sont une fabuleuse source d’énergie pour tenir tout l’hiver.

Et le changement climatique dans tout ça ?

Il agit, comme pour tous les êtres vivants. Certains insectes migrateurs par exemple décalent leurs dates de départ. D’autres ne partent presque plus, comme les vulcains du sud de la France. Quand des insectes ne s’adaptent pas, ou pas assez vite, lorsque leur aire de répartition diminue en glissant vers le nord ou vers l’altitude, les risques d’extinction augmentent. C’est le cas de certains bourdons. Tous ces animaux dépendent étroitement des conditions climatiques, alors nous ne sommes pas au bout de nos surprises.

Hémolymphe

nom féminin

C’est le nom du liquide circulatoire, c’est-à-dire le sang, chez les insectes et les arachnides. Ce fluide assure plusieurs rôles comme l’apport de nutriments, l’évacuation de déchets métaboliques, la transmission d’hormones et parfois la défense immunitaire. Mais généralement pas le transport d’oxygène. Sa température varie avec celle de l’environnement, empêchant ces animaux dits poïkilothermes d’avoir une activité stable au fil des saisons.

Couverture de La Salamandre n°231

Cet article est extrait de La Salamandre
n° 231
Décembre 2015 - Janvier 2016
Article N° complet

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