Des toisons à foison

Article extrait du dossier Tous à poils!
Quelques poils dans le règne végétal… / © Gilbert Hayoz

Griffes et duvets en cellulose : avec leurs poils, les plantes n'ont rien à envier aux animaux. Escapade botanique à la découverte des pilosités végétales, inspiratrices de nombreuses inventions humaines, du parachute au Velcro.

Avatar de Karine Poitrineau
- Mis à jour le
Article d'origine par
Des toisons à foison: les plantes ont des poils!

De près, la framboise révèle un fin duvet. / © Gilbert Hayoz

Duveteuse

Un léger duvet recouvre les grains juteux de la framboise au milieu desquels persiste parfois un pistil desséché. Plus discrète que celle des pêches et des abricots, cette fine couche de poils contribue à la sensation veloutée qui accompagne en bouche le délicieux fruit rouge. Elle est surtout fort utile : en retenant l'air ; elle limite l'évaporation et les excès de température. De plus, en empêchant l'adhésion de l'eau de pluie et de la rosée, elle évite l'installation de moisissures et de bactéries.

Des toisons à foison: les plantes ont des poils!

Fleur d'edelweiss munie de poils isolants contre le froid, le sec et les UV. / © Gilbert Hayoz

Laineux

La fleur de l'edelweiss ne quitte pas son tricot adapté au climat montagnard. Il la met à l'abri du froid, du dessèchement et du rayonnement solaire agressif. Sa blanche laine réfléchit la lumière visible et neutralise les ultraviolets en les absorbant. Un exploit qui serait dû à la finesse de ses fibres.

Des toisons à foison: les plantes ont des poils!

Le cirse laineux est très velu. / © Gilbert Hayoz

Griffu

Depuis la tige jusqu'aux fleurs, le cirse laineux invite à la caresse. Sa moelleuse couverture le garde de la sécheresse et du froid. Mais gare à vos doigts : cette astéracée darde de redoutables épines. Seul le bourricot risque ses babines à goûter au « chardon d'âne ».

Des toisons à foison: les plantes ont des poils!

Fleurs femelles de laîches aux poils collants / © Gilbert Hayoz

Vaporeuse

Discrètes, les fleurs femelles des laîches méritent qu'on se penche sur elles. Leurs pistils ramifiés en trois branches charnues sont couverts de poils collants. Une pilosité éphémère qui capte dans les airs les semences des fleurs mâles, situées plus haut sur la plante.

Des toisons à foison: les plantes ont des poils!

Zoom sur les poils gluants du droséra / © Gilbert Hayoz

Poisseux

Au ras du sol, de curieuses feuilles rougeâtres pointent en tous sens des poils surmontés de perles de rosée. Sous ces allures cristallines se cache un liquide poisseux au toucher. Malheur à l'infortuné moucheron qui s'y frotte en espérant s'y abreuver. Empêtré dans cette colle, il mourra d'épuisement ou d'étouffement. La plante carnivore repliera lentement sa feuille piège sur lui. Digérée par des enzymes, la proie complétera le menu frugal du droséra, cette plante des tourbières.

Des toisons à foison: les plantes ont des poils!

Anatomie d'un poil urticant d'ortie / © Gilbert Hayoz

Dard venimeux

Les feuilles de l'ortie sont couvertes de poils urticants. Ceux-ci sont rendus cassants par une forte teneur en silice et leur bout arrondi 1 se brise au moindre frôlement. Au sein du poil, une cavité nommée vacuole 2 est remplie de composés irritants : histamines, acide formique, acétylcholine et adrénaline. Ceux-ci s'échappent par l'ouverture due à la cassure et irritent la peau griffée ou piquée par l'extrémité brisée.

Des toisons à foison: les plantes ont des poils!

Fruits de pissenlits munis de poils pour voler avec le vent / © Gilbert Hayoz

Aérien

Le pissenlit sème à tout vent ses légers parachutes. Chaque graine est équipée à son extrémité de soies plumeuses et souples disposées en étoile. Une seule fleur peut libérer entre 40 et 200 semences. A la maturité de ces dernières, le lâcher se produit quand l'air est suffisamment sec pour assurer des conditions de vol idéales.

Le pissenlit en vidéo: Minute nature épisode 12 - La vie sexy du pissenlit

Des toisons à foison: les plantes ont des poils!

Fruit de bardane aux poils accrocheurs / © Gilbert Hayoz

Accrocheuse

Le fruit de la bardane s'agrippe aussi bien aux toisons animales qu'aux chaussettes du promeneur. Serrez-le un peu dans la main et vous le sentirez : il harponne même la peau. Ce caractère particulièrement attachant a inspiré à l'ingénieur suisse Georges de Mestral la structure du Velcro. Par sa stratégie de toison-stop, la plante assure la dispersion de ses graines, elles-mêmes munies de petites soies barbelées. Depuis l'Europe et l'Asie, elle a conquis les continents australien et américain grâce à son pouvoir d'accrochage.

Des toisons à foison: les plantes ont des poils!

Les cynorrhodons renferment du poil à gratter / © Gilbert Hayoz

Irritant

Pas de roses sans épines ? Le rosier des Alpes possède de simples poils modifiés en aiguillons mous ou en appendices collants. Ses fruits, par contre, ne manquent pas de piquant. Les petits farceurs connaissent bien le secret des « gratte-cul ». Ils les ouvrent pour en extraire le feutrage argenté qui enrobe les graines. Glissées dans le col d'une malheureuse victime, les fibres aux extrémités aiguës entraînent de désagréables démangeaisons.

Des toisons à foison: les plantes ont des poils!

Bogue de châtaigne, piquante à l'extérieur, aux poils de velours à l'intérieur / © Gilbert Hayoz

Hérissée

Qui s'y frotte s'y pique ! Sous son armure épineuse, la châtaigne dissimule de bien plus doux velours. L'intérieur de ses bogues est tapissé de poils moelleux. L'enveloppe de la graine possède aussi un revêtement de soie. Le fruit s'isole ainsi des grands froids et prépare sa sortie : les duvets protecteurs empêchent les parois de rester collées entre elles lorsque la bogue se fend.

Des toisons à foison: les plantes ont des poils!

Les graines poilues de la clématite / © Gilbert Hayoz

Plumeuse

Véritables lianes, les clématites s'élancent de branche en branche, de buisson en arbuste et d'arbuste en arbre. Leurs graines munies d'une aigrette plumeuse sont réunies en tignasses ébouriffées. Le vent les emporte vers de propices humus. A moins qu'elles ne se laissent voguer sur une rivière en crue ou se prennent dans la fourrure d'un animal. Il leur arrive aussi de se faire véhiculer par un oiseau qui en garnira peut-être son nid.

Couverture de La Salamandre n°202

Cet article est extrait de La Salamandre
n° 202
Février - Mars 2011
Article N° complet

Articles sur le même sujet

Réagir