Pic tridactyle, le tueur de bostryches

Article extrait du dossier L'appel des pics
Pic tridactyle à la recherche d'insectes à se mettre sous le bec. / © Laurent Willenegger

Retour sur les troncs avec le pic tridactyle, l’un des alliés les plus efficaces du forestier… pour autant qu’on le laisse faire !

Avatar de Julien Perrot
- Mis à jour le
Article d'origine par

Un incendie, un ouragan ou une invasion de parasites sèment parfois la mort en forêt. Calcinés, fendus ou peforés par les insectes, les arbres sèchent sur pied. Pour eux en tant qu’individus, c’est la fin. Pour la forêt en revanche, la « catastrophe » facilite la croissance vigoureuse d’une nouvelle génération. En attendant cette relève, les chandelles dressées des conifères morts attirent le tridactyle, avant-dernier représentant de la guilde des pics.

Jadis, en des périodes plus froides, il est probable que cet oiseau noir et blanc au béret jaune abondait dans toute l’Europe. Puis le pic tridactyle a déplacé son centre de gravité vers le nord en suivant les conifères dont il dépend. En Europe centrale, il a subsisté de manière clairsemée, surtout en montagne.

Coupes sanitaires

La plupart du temps, le pic tridactyle est silencieux. Il ne chante pas, crie peu, tambourine rarement. Son plumage sombre barré de blanc dissout sa silhouette entre les clairs et les obscurs de la forêt. Tridactyle, car muni de trois doigts seulement, ce pic discret est spécialisé dans un type de proies : les scolytes – communément appelés bostryches – qui infestent les résineux moribonds. L’oiseau détache de petites plaques d’écorce avant de harponner les larves dans leurs galeries.

Les forêts de conifères en fin de cycle inquiètent beaucoup les forestiers. Ils redoutent que ces foyers à scolytes ne contaminent les alentours. D’où des coupes sanitaires qui font du prédateur spécialisé l’un des oiseaux les plus rares de France. Même en Suisse, au cœur de son domaine alpin, le pic tridactyle vit en rangs dispersés. Son recul de certaines vallées va de pair avec la construction de pistes permettant l’exploitation de forêts jusqu’ici difficiles d’accès. Ailleurs, l’oiseau revient quand suffisamment d’arbres secs sont épargnés. Quelques couples isolés ont récemment niché dans la chaîne jurassienne et même en plaine, dans le canton de Zurich.

Assurance gratuite

Une grosse étude du WSL, l’Institut suisse de recherches sur la forêt, a montré que le pic tridactyle réussit à éliminer de 2 à 19 fois plus de scolytes que tous les pièges contre ce coléoptère ravageur posés à travers la Suisse ! Ainsi, laisser en permanence dans la forêt des résineux morts serait la meilleure assurance – et de loin la moins chère – contre des pullulations de l’insecte indésirable. Qu’on se le dise !

Couverture de La Salamandre n°191

Cet article est extrait de La Salamandre
n° 191
Avril - Mai 2009
Article N° complet

Réagir