Le pic mar, marathonien des vieux chênes

Article extrait du dossier L'appel des pics
Pic mar accroché à une branche enneigée. / © Laurent Willenegger

Voici un pic bigarré de noir et de blanc. Toute l’année, l’oiseau écume les écorces, mais pas n’importe lesquelles…

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Les pics sont des oiseaux solitaires et ombrageux qui tolèrent mal l’irruption de congénères. Cris, poursuites, accrochages féroces marquent les relations de voisinage. Dès lors, il n’est pas étonnant que les préliminaires prennent des semaines. D’ailleurs, cette lente approche emprunte son cérémonial aux joutes entre rivaux.

Béret rouge

Au printemps, dans la chênaie, voici un couple de pics qui s’apprivoisent. Les deux oiseaux vont et viennent au-dessus des arbres en poussant des cris. Puis ils grimpent l’un derrière l’autre sur un tronc, ailes entrouvertes. Un peu plus tard retentit un chant un peu geignard, puis plus rien…

Mais au fond, quelle espèce de pic venons-nous d’observer ? Les plumes hérissées d’un large béret rouge et une joue blanche non cerclée de noir plaident pour le pic mar plus rare, moins démonstratif et beaucoup moins connu que l’épeiche. Comparé à ses cousins, ce pic présente un bec particulièrement fin. Point de tambourinage, ou presque. Point de loge ailleurs que dans du bois mort. Et, enfin, très peu de forages à la recherche de nourriture. Le pic mar est un écumeur d’écorces qui se plaît sur de hautes branches crevassées. Dans des fissures et recoins innombrables, il traque l’araignée, le moucheron et la punaise. Son amour pour les chênes n’est pas exclusif, mais il lui faut dans tous les cas un grand nombre de vieux arbres au houppier très développé. Là-haut, souvent hors de notre vue, il chasse en toute saison.

En dents de scie

Les effectifs du pic mar subissent des fluctuations contrastées dans toute l’Europe. En Suisse romande, après une quasi-disparition, ce pic est de retour dans les chênaies qui bordent le Jura côté sud, de Bienne jusqu’à la campagne genevoise. L’étude d’une forêt au-dessus de Saint-Aubin, dans le canton de Neuchâtel, montre que cette reconquête correspond à l’arrivée à maturité d’un nombre important de chênes. En Belgique, le même phénomène s’observe dans tout le pays. Ici comme ailleurs, le vieillissement des chênes dope cet oiseau discret.

Avocat des chênes

Malheureusement pour lui, nombre de ces arbres seront récoltés une fois arrivés à maturité. Et, de manière générale, les jeunes chênaies destinées à prendre le relais sont peu nombreuses. D’où des mesures musclées pour régénérer les chênes prises par certains forestiers associés à des ornithologues à Neuchâtel comme dans plusieurs régions de France. Heureuse initiative où la protection d’un oiseau vulnérable nous encourage à favoriser l’arbre qui abrite la plus belle biodiversité en squatters de tout genre.

Couverture de La Salamandre n°191

Cet article est extrait de La Salamandre
n° 191
Avril - Mai 2009
Article N° complet

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