Pic épeichette, le pygmée percussionniste

Article extrait du dossier L'appel des pics
Ce pic épeichette tambourine sur un vieil arbre. / © Laurent Willenegger

Acrobate miniature, l’épeichette se plaît tout en haut des arbres. Rencontre avec un musicien pas facile à voir.

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De loin, on dirait une mésange qui explore méthodiquement les branches fines au faîte du bouleau. Perché là-haut, tout là-haut, le petit oiseau noir et blanc se fige un instant… avant de poursuivre sa ronde. Et soudain, en frappant l’écorce, son bec fait retentir la salve caractéristique d’un pic. Un mini-épeiche : le pic épeichette.

Là-haut, très haut!

Pour l’apercevoir, il faut de la chance et de la patience. D’abord à cause de sa taille réduite, et surtout parce que cet oiseau fréquente la canopée, cime de la forêt où les arbres rencontrent le ciel. Par goût ? Ou peut-être parce que cet étage est le seul lieu où il trouve encore des branches mortes. A dix, vingt ou trente mètres du sol, le pic épeichette collecte en toute discrétion les insectes dans le bois et à sa surface. Ce pic en miniature aime les aulnes, les saules et les peupliers au bois tendre. Il habite par conséquent les forêts de plaine au sol volontiers un peu humide.

Dialogues et silence

Au printemps, les épeichettes signalent leur présence par un rire aigu. On dirait un cri de faucon crécerelle en plus faible et répété en série. A ce chant répond souvent un tambourinage d’une trentaine de coups rapides. Le couple dialogue d’arbre en arbre… sans oublier de creuser ! Une à six semaines leur seront nécessaires pour tailler une cavité dans du bois vermoulu. Quand vient le temps de couver, les deux oiseaux font silence. La feuille fraîchement éclose masque leurs allées et venues.

L’éclosion des poussins coïncide avec le développement d’une multitude de pucerons et de chenilles, proies faciles et favorables au nourrissage des jeunes. C’est surtout le mâle qui les ravitaille, à raison de dix à trente passages à l’heure. Calqué sur le tempo de la forêt, ce rythme soutenu permet l’envol des jeunes trois petites semaines après l’éclosion.

Seul pic à exploiter des branches aussi fines, l’épeichette occupe une place originale en forêt. S’il se contente d’un secteur réduit à la belle saison, il a besoin d’un grand territoire pour passer l’hiver. Et, surtout, il lui faut impérativement quantité de petit bois sec. La disparition des vieux vergers, la plantation de résineux dans les forêts humides et le nettoyage systématique des branches mortes ont entraîné son déclin dans de nombreuses régions de France comme de Suisse.

Couverture de La Salamandre n°191

Cet article est extrait de La Salamandre
n° 191
Avril - Mai 2009
Article N° complet

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