Hiberner fait perdre la mémoire?

Spermophile de Belding, un écureuil terrestre américain / © Darron Birgenheier

L’hibernation entraîne des pertes de mémoire chez certains mammifères. Mais une étude récente montre que les amphibiens, par contre, semblent échapper à ces dommages.

Avatar de Nathalie Jollien
- Mis à jour le
Publié par

Pour survivre aux rigueurs de l’hiver, certains animaux hibernent. Leur température corporelle s’abaisse, le rythme de respiration et de métabolisme sont ralentis, et les réserves de graisse du corps sont sollicitées et fondent petit à petit. Puis, quand les beaux jours reviennent, l’animal se réveille et reprend le cour de ses activités, comme si de rien n’était… ou presque.

Amnésie chez les mammifères

Des études scientifiques effectuées sur des mammifères montrent que l’hibernation a un effet négatif sur certains aspects de la mémoire. En effet, pendant cette phase d’inactivité, leur cerveau se met en veilleuse. 50 à 60 % des connections entre neurones disparaissent - rassurez-vous, elles se reforment rapidement quand la température du corps remonte. Or, cette restructuration de l’activité cérébrale cause des pertes de mémoire chez certaines espèces. Pour preuve, notamment une expérience effectuée avec des spermophiles de Belding, un écureuil terrestre des régions montagneuses de l’ouest des Etats-unis. A leur réveil, ils ont été incapables de reconnaître l’odeur de congénères, pourtant familiers avant l’hibernation.

Engoulevent de Nuttall, un oiseau américain / © Dominic Sherony

D’accord pour les mammifères, mais ils ne sont pas les seuls adeptes du sommeil longue durée. Certains amphibiens, reptiles, poissons, mollusques, crustacés et insectes hibernent eux-aussi. Chez les oiseaux, c’est le cas pour une seule espèce, l’engoulevent de Nuttall qui vit en Amérique du Nord. Mais est-ce que ces animaux perdent aussi la mémoire une fois réveillé?

Les salamandres ont une mémoire à long terme

Jusqu’à peu,ce phénomène avait été testé uniquement sur les mammifères. Mais une nouvelle étude parue le 11 janvier 2017 dans le journal Scientific reports, donne pour la première fois un aperçu de ce qui se passe chez les amphibiens.

Hiberner fait perdre la mémoire ? - La Salamandre

Des spermophiles de Belding, des écureuils terrestres américains qui hibernent. / © Kathy Sam

Les chercheurs ont étudié la permanence de la mémoire chez la salamandre tachetée. Ceci à cause de son comportement territorial, elle reste en effet très fidèles à certains sites tout au long de sa vie. Douze salamandres ont été entraînées à suivre un itinéraire dans un labyrinthe menant à de la nourriture. Les scientifiques ont pris soin de répéter l’exercice sans nourriture pour être certain que son odeur ne permettait pas aux animaux de la retrouver. Après cela, les cobayes ont été séparées en deux groupes. Hibernation pour 100 jours pour les plus chanceuses, tandis que les autres ont continué de vivre à température ambiante. Les chercheurs ont ensuite pu comparer les performances des deux groupes lors d’une nouvelle confrontation au labyrinthe.

Résultat, aucune différence entre les deux groupes. Les cobayes ont tous rapidement retrouvé le chemin qui mène à la nourriture. Les salamandres ont donc une mémoire à long terme, qui reste intact pendant l’hibernation, au contraire des mammifères.

Températures distinctes

Comment expliquer cette différence ? Il faut savoir que les amphibiens sont des animaux à sang froid. Ils ont donc un mode d’hibernation très différent de celui des mammifères. La température corporelle de ces derniers reste au-dessus des températures extérieures et ils connaissent des périodes de réveil notamment pour éliminer leurs urines. Tandis que les amphibiens dépendent totalement de la température extérieure. Leur réveil ne peut se faire qu’avec le retour de la chaleur. Ainsi, la différence de température du corps entre mammifères et amphibiens pourrait être responsable d’une activité enzymatique plus ou moins importante pouvant altérer leur mémoire.

Les chercheurs mentionnent également le fait que les structures du cerveau des amphibiens diffèrent de celles des mammifères. Les mécanismes de mémorisation seraient ainsi distincts ce qui expliquerait les différences d’impact de l’hibernation.

Salamandre tâchetée / © Aah-Yeah

Qu’a donné la nature aux chamois, lièvres, lagopèdes et bouquetins pour qu’ils puissent résister tout l’hiver au froid, à la neige et au blizzard ? Des images poignantes pour un documentaire inédit et insolite : DVD Survivre,animaux des Alpes en hiver.

A l’heure du printemps, une grenouille américaine vit une véritable résurrection en décongelant vivante. Une vidéo saisissante.

Pour en savoir plus sur l’hibernation des insectes, retrouvez notre article : Pourquoi les insectes disparaissent-ils en hiver ?

Articles sur le même sujet

Réagir