Pâturages en or

Sentiment de liberté au milieu des alpages. / © Christophe Folletete

Sombres forêts, crêtes ventées, pâturages boisés : l’alpage du Mont d’Or, dans le Doubs, offre un peu de Scandinavie, un peu de préhistoire et beaucoup d’émotions.

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A peine quittée la station de ski de Métabief, la nature hivernale prend vite le dessus. Nous cheminons dans un labyrinthe de haies et de forêt entrecoupées de clairières. Comme un avant-goût du paysage typiquement jurassien, les prés-bois, qui nous attend là-haut dans les alpages du Mont d’Or. Mais avant de rejoindre les accueillants vallons aux reliefs adoucis par le manteau neigeux, il faut affronter l’austère sapinière et les abruptes parois de calcaire.

Côté dur

Sélectionnés par les forestiers, les sapins dominent dans la forêt de pente. Leur forme, en colonne, signale l’importance des chutes de neige qui limitent l’étalement des branches. Les feuillus sont rares. Cette ambiance monastique ne dure pas. Car les tempêtes de décembre 1999 sont passées par là et ont créé de vastes clairières où s’exprime l’exubérance de la nature. Tout un cortège arbustif a investi les lieux. Saules, noisetiers, sureaux rouges avec leurs inflorescences fanées, jeunes frênes et sapins poussent pêle-mêle.
Après le mur végétal, voici le mur de pierre des barres rocheuses du Mont d’Or. Point culminant du département du Doubs avec ses 1463 m, il s’élève 200 m au-dessus de la vallée de la Jougnena. Les parois abruptes et les éboulis composent le domaine du chamois. Le grand corbeau, le faucon crécerelle et le tichodrome échelette – l’oiseau papillon – s’y observent également. Mais gare aux traîtresses corniches de neige !

Les chamois s’observent dans les barres rocheuses comme dans les clairières. / © Gilbert Hayoz

Côté doux

Il suffit de tourner les raquettes et un paysage plus accueillant s’offre au visiteur. Vallée et monts de Joux, forêt du Risoux, val de Mouthe : combes et crêts ondulent à l’infini. Une atmosphère scandinave. Et juste devant nous, les prés-bois. Une mosaïque d’herbages, d’arbres isolés et de bosquets. Ce paysage d’une grande richesse écologique dépend entièrement des activités sylvicoles et pastorales. Mais d’aucuns prétendent qu’il existait déjà avant l’œuvre des moines défricheurs du Moyen Age. A une lointaine époque, l’aurochs et le tarpan, les ancêtres respectifs de nos bovins et de nos chevaux, auraient joué aux débroussailleurs, empêchant la forêt de tout recouvrir.

Promenade sur l'alpage du Mont d'Or

Installation de collecte d'eau de pluie / © Marc Tourrette

Pièges à eau

A quoi servent ces maisonnettes dépourvues de murs qui parsèment les alpages du Mont d’Or ? A récupérer l’eau de pluie pour abreuver le bétail. Car nous sommes en terrain karstique. L’eau s’infiltre dans la roche fissurée pour réapparaître à des kilomètres de là. Or, sans eau, pas de vache et donc pas de fromage, la ressource essentielle de l’économie montagnarde. L’invention des citernes remonte au XVIIe siècle, époque où sont construites les premières fermes d’alpage. Les plus anciennes se résument à un trou creusé dans le sol et revêtu de parois en bois. Au fil du temps, la pierre va remplacer le bois. On va enfin ajouter un toit, souvent en V, pour améliorer la collecte d’eau de pluie. On dénombre environ 300 citernes dans la région.

Association des bergers du Jura franco-suisse. +33 (0)3 81 49 93 40

Itinéraire

Accédez à la carte détaillée de cette balade dans le PDF en bas de page.

TRAVERSÉE

Métabief > Vallorbe

Durée: 8 h30

  • De l’arrêt de bus, rejoindre la station par la rue du Télésiège.
  • L’itinéraire raquettes débute derrière la salle hors-sac (1).
  • Longer durant 5 minutes le bas des pistes. Plusieurs haies se succèdent dans le sens de la pente.
  • Remonter la 3e (2), puis traverser un champ de neige barré par deux petits talus couverts d’arbustes.
  • Rejoindre la lisière en direction du sud et la franchir (3). On débouche sur une clairière, à suivre sur la droite.
  • Traverser une piste de ski, un téléski, puis une clôture. 25 mètres après celle-ci, remonter la pente vers l’angle supérieur droit de la clairière.
  • Le sentier pénètre en forêt, s’élève sur la gauche en décrivant un S puis arrive dans une vaste clairière (4).
  • Longer la lisière sur la droite pour rejoindre un chemin balisé jaune et bleu (5).
  • Le suivre sur la gauche jusqu’aux alpages du Mont d’Or (6).
  • Passer sous un télésiège, longer la piste de ski sous le chalet du Gros Morond et traverser vers l’est pour rattraper le GR 5 (7).
  • Suivre la ligne de crête jusqu’au chalet du Club Alpin Suisse (CAS) (8).
  • Descendre plein sud jusqu’au chalet de Pralioux-Dessus. Prendre le chemin balisé du tourisme pédestre suisse (losange jaune) s’enfonçant dans la forêt vers l’est. Il mène à la gare de Vallorbe (9).

PROLONGATION

Refuge CAS > La Petite Echelle > Vallorbe

Durée: 5 h30

  • Du chalet du CAS (8), marcher plein ouest à travers les pâturages jusqu’à la Vermode (1).
  • Descendre le vallon. 100 m environ avant le chalet de la Petite Echelle, on parvient à un croisement (2).
  • La piste de gauche rejoint la gare (9).

Accès en train

Gare de Frasne, puis bus Ter jusqu’à Métabief. Retour en bus Vallorbe - Métabief - Frasne. Horaires

L’idée week-end

Le télésiège du Morond (vérifier l’ouverture au +33 (0)3 81 49 20 00) permet d’effectuer la traversée en une demi-journée (5h30). Préférer cependant un séjour de deux jours pour profiter de l’ambiance des alpages, avec halte aux cabanes du CAS, de la Gym ou à la Petite Echelle.
Un bureau des accompagnateurs propose des sorties dans le secteur. Contact : +33 (0)6 42 02 94 47, horizons.jura@gmail.com

Infos - hébergement

Office de tourisme du Mont d’Or et des deux lacs. +33 (0)3 81 49 13 81

Office de tourisme de Vallorbe. Refuge du CAS. +41 (0)21 843 11 17

Refuge de la Gym. +41 (0)21 843 15 33 ou +41 (0)79 401 89 64

Yourtes de la Petite Echelle (aussi restauration). +33 (0)3 81 49 93 40

Les règles d’or

  • Itinéraire possible en toute saison, mais à éviter par mauvaise visibilité. Raquettes indispensables en cas de fort enneigement.
  • Ne pas sortir des sentiers balisés : les dérangements peuvent être fatals pour la faune, déjà fragilisée par le froid et le manque de nourriture.
  • En fonction de la neige, les temps de parcours peuvent varier du simple au double.
  • Attention aux corniches de neige sur les crêtes.
Couverture de La Salamandre n°195

Cet article est extrait de La Salamandre
n° 195
Décembre 2009 - Janvier 2010
Article N° complet

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