Fiolement complexe

Article extrait du dossier Parfums sauvages
Création de parfums dans la plus vieille parfumerie de France, Galimard. / © Gilbert Hayoz

De quoi sont faits les parfums, quelles sont les étapes de leur création ? Eclairage par Sandra Dziad, nez professionnel chez Galimard.

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Fiolement complexe

Sandra Dziad, nez chez la parfuerie Galimard / © Gilbert Hayoz

L’orgue à parfums est l’outil des parfumeurs. En voici un, de dimension modeste, destiné aux amateurs : 160 fioles de matière première odorante. Pour comparaison, les nez disposent de quelque 2000 à 3000 composants dans leur bibliothèque. Comme l’explique Sandra Dziad, nez chez Galimard, ces flacons sont agencés en fonction des familles olfactives. « Ce classement tient compte de la volatilité de chaque odeur : les notes de tête sont les premières perçues : ce sont des odeurs fraîches, par exemple des odeurs d’agrumes.

Ensuite viennent les notes de cœur qui peuvent être des senteurs fleuries, vertes ou épicées. Enfin arrivent les notes de fond : odeurs boisées, musquées, profondes, elles sont essentielles à la tenue du parfum et à sa résonance. C’est l’association de ces touches plus ou moins persistantes qui détermine la façon dont un parfum se « déroule » dans le temps. »

Les mariages de senteurs forment des accords qui comportent généralement entre 50 et 100 composants de base, parfois 250. Chaque fiole de matière première peut contenir de nombreuses molécules différentes. La formule chimique d’un parfum peut être extrêmement complexe.

Orgue à parfums / © Gilbert Hayoz

La matière première

Sur les flacons figurent des noms de plantes ou de bois, mais aussi des noms plus « barbares » issus de la chimie. Car la parfumerie moderne combine des matières premières naturelles, des molécules naturelles modifiées chimiquement et des molécules de synthèse. « L’usage de bergamote naturelle a par exemple été interdit. On a reconstitué son parfum en extrayant de son huile essentielle l’acétate de linalyle. Et puis, certains composants d’origine animale comme la civette ou le castoréum sont remplacés pour des raisons éthiques par des muscs de synthèse. »

Gamme, notes et accords

La parfumerie emprunte bien des mots à la composition musicale. Comme une symphonie, un parfum possède une structure, se développe en gammes et accords. L’introduction sera livrée par les notes de tête : odeur verte, hespéridée, senteur d’herbe coupée… ensuite montent les touches de cœur, plus fleuries : ylang-ylang, jasmin, rose, muguet. Enfin le final joue sur des notes chaudes, ambrées ou épicées : cèdre, santal, mousse de chêne, vanille naturelle, musc…
Comme dans toute composition, c’est l’association des notes qui importe et l’effet qu’elle produit. Chaque odeur a une tonalité : la rose donne un aspect velouté, le jasmin est profond. Oui, l’harmonie entre tous ces effets est un art.

Couverture de La Salamandre n°198

Cet article est extrait de La Salamandre
n° 198
Juin - Juillet 2010
Article N° complet

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