Outardes en résistance

Elle résiste encore, l'outarde canepetière, emblème des plaines agricoles. Mais hélas plus que dans le sud et l'ouest du pays. Des nouvelles du front, tout en contraste.

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Cet automne, en Poitou-Charentes, on peut avec un peu de chance observer le départ en migration des outardes canepetières. Elles s'en vont en Espagne ou au Portugal pour y passer l'hiver. Mais ces envolées se raréfient.
A la fin du XIXe siècle, l'oiseau vivait encore en Auvergne, en Normandie, en Bourgogne et en Champagne. Aujourd'hui, seules deux populations de cet emblème des plaines cultivées subsistent : une dans le centre-ouest et l'autre dans le sud-est. Deux régions, deux destins, suivis de près depuis une quinzaine d'années par la LPO et les scientifiques. Pour soutenir leur action, le ministère de l'Ecologie a lancé cet été un second plan d'action pour poursuivre la conservation de l'outarde.

Labours destructeurs

Dans son fief du centre-ouest, entre 1978 et 2008, Tetrax tetrax est passée de 6500 mâles chanteurs à 336. Une hécatombe due à certaines pratiques agricoles. « Pour nourrir leurs petits, les parents capturent des sauterelles, des criquets, des carabes. Or les labours, par exemple, détruisent les pontes de ces insectes, et les outardes n'en trouvent plus suffisamment » , déplore Carole Attié, la responsable du Centre d'élevage pour la préservation des oiseaux de plaine dans les Deux-Sèvres.

D'autres difficultés s'ajoutent : les prairies utilisées pour la nidification se trouvent remplacées par des monocultures. Et l'utilisation des pesticides n'arrange rien. Des menaces relativement récentes puisque du néolithique jusqu'à l'intensification de l'agriculture au siècle dernier, l'homme a favorisé la présence de l'outarde canepetière. « Les cultures étaient diversifiées et les plantes adventices, les fameuses mauvaises herbes, avaient encore leur place et abritaient une grande diversité d'insectes » , rappelle la biologiste.

A l'ouest, du nouveau

Ce temps est révolu. Aujourd'hui, que faire pour sauver le plus gros oiseau de nos plaines agricoles ? « D'abord, prendre des mesures agro-environnementales : des cultivateurs volontaires et rémunérés renoncent à labourer certaines parcelles durant cinq ans et fauchent moins souvent les prairies pour éviter la destruction des nids » détaille Carole Attié. « Ensuite, renforcer les populations existantes. Les œufs des nids abandonnés après les fauches sont récupérés pour élever les poussins en captivité. » A l'âge d'environ trois mois, ces jeunes élevés en captivité rejoignent les outardes sauvages, qui se rassemblent déjà en groupes de 20 à 50 individus vers la mi-juillet pour la migration. Cette année, 19 jeunes outardes ont été relâchées : elles pourront suivre la route du sud avec leurs aînées.

L'éden méditerranéen

Dans le sud-est du pays, la situation des outardes est moins problématique. Cette population est sédentaire car la nourriture reste suffisante en hiver. Plus de 80% des 800 mâles chanteurs de la région PACA vivent dans les Coussouls de Crau, entre Marseille et Montpellier. « Au cœur de ces plaines sèches et caillouteuses, l'agriculture demeure diversifiée, extensive et procure un environnement idéal à cet oiseau délicat » , assure Axel Wolff, chargé de mission au Conservatoire d'espaces naturels de Provence-Alpes-Côte d'Azur.
Les outardes tirent aussi profit, dans le Languedoc, de l'arrachage des vignes qui a laissé de nombreux terrains en friche. Et s'adaptent parfois à un habitat inattendu : en PACA, 20% d'entre elles ont choisi les terrains d'aviation pour s'y reproduire et hiverner. Un chiffre impressionnant. « Malgré le bruit, ces zones sont des refuges. Les oiseaux y trouvent des prairies grouillant d'insectes. Qui l'eût cru ? » s'enthousiasme le biologiste.

Femelle d'outarde canepetière / © Louis-Marie Préau

Oiseau des steppes

L'outarde canepetière mesure 45 cm du bec au bout de la queue pour 80 cm d'envergure. Adepte des milieux steppiques, elle apprécie les terrains ouverts où une bonne visibilité lui permet de repérer les prédateurs. Les cultures peu denses comme les champs de luzerne sont idéales car elle peut s'y cacher et dissimuler son nid tout en gardant l'œil sur les alentours. Les femelles arborent un plumage mimétique beige-marron. Beaucoup plus voyants, les mâles exécutent des danses impressionnantes au printemps pour séduire leurs partenaires. Dans la plaine de la Crau, même s'ils ne partent pas en migration, des rassemblements géants se forment pour passer l'hiver. Ils atteignent parfois 2000 individus. On peut alors observer ces somptueux oiseaux en train de picorer des feuilles de légumineuses et de colza.

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Couverture de La Salamandre n°206

Cet article est extrait de La Salamandre
n° 206
Octobre - Novembre 2011
Article N° complet

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