Au temps des primi’tifs

Article extrait du dossier Tous à poils!
Rotifère (Stéphanoceros Fimbriatus) / © R. Wagner, W. Bettigofer, J.-M. Babalian, P. Galliker et R. Birke/P. ArnolD (biosphoto)

Depuis trois bons milliards d'années, l'eau grouille d'êtres vivants ciliés ou flagellés. Ces nageurs primi'tifs évoluent dans les océans comme dans les flaques des chemins, et jusque dans nos liquides les plus intimes.

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En milieu aquatique, les corps sont soumis à divers courants ainsi qu'à la force de gravité qui les attire vers le fond. S'ils dérivent sans attaches ni moteur autonome, ils risquent de se perdre dans des profondeurs sombres et froides ou d'arriver dans des zones trop pauvres en nutriments. Grâce au poil, des myriades de nageurs velus sont capables d'ajuster en permanence leur position. Les plus petits, membres du règne bactérien, sont souvent munis d'un ou plusieurs flagelles qu'ils font tourner sur un axe : oui, les bactéries ont inventé la roue ! Quant aux cellules isolées des protistes, elles filent à toute allure ou tournoient. Enfin, de plus imposantes et complexes bestioles, crustacés ou vers par exemple, rament à l'aide de pales ciliées.

Repousser les limites

Parmi les minuscules adeptes de la natation, la confusion des genres règne : animaux ou végétaux ? On croit toutes les plantes immobiles. Pourtant, de nombreuses algues comme les cryptophycées se déplacent grâce à un flagelle. On n'imagine pas des animaux pourvus de chlorophylle. Pourtant, certains groupes comme les euglènes comprennent à la fois des prédateurs et des organismes vivant de la photosynthèse. Certains dinoflagellés sont même capables de changer de mode de vie en cours de route. Quid du poil chez ces originaux ? En assurant les déplacements des êtres vivants, il a permis l'apparition de nouveaux modes de vie. Les prédateurs ont pu capturer d'autres bestioles en les poursuivant ou en filtrant l'eau qui les entoure. De leur côté, menacées, les proies se sont munies de propulseurs ciliés ou flagellés pour fuir ou de pilosité épineuse pour se défendre.

Ça frétille du cil

Que ce soit chez les bactéries, chez les laitues de mer dont le cycle de vie comprend la fusion de deux cellules mobiles, ou chez les oursins qui libèrent en même temps des millions d'ovocytes et de spermatozoïdes, le poil sert d'entremetteur. Depuis la nuit des temps, il préside au rapprochement des corps plongés dans un liquide. De rencontre en frôlement, de frôlement en fusion, le sexe est né. Chez les espèces terrestres, le poil continue la course à la fécondation, sous la forme de frétillants spermatozoïdes nageant à travers d'humides sécrétions.

Conjugaison pileuse

Bactéries échangeant leur ADN, autrement dit, pratiquant le sexe… à leur manière. / © Laurent Willenegger

Les bactéries pratiquent le sexe en échangeant l'ADN de leur plasmide (1) à travers des appendices allongés, les pili (2). Il n'y a pas de genres comparables à celui d'organismes pluricellulaires mâles ou femelles. Toutefois, dans ces accouplements, il existe généralement une bactérie receveuse (3) et une donneuse (4).

Le bestiaire des primi'tifs

Couverture de La Salamandre n°202

Cet article est extrait de La Salamandre
n° 202
Février - Mars 2011
Article N° complet

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