Radeaux d’œufs

Article extrait du dossier Moustique, ennemi public?
On devine dans la transparence de ces œufs du moustique Culex pipiens les larves près d’éclore, tête en bas. / © Gilbert Hayoz

Enervants certes, mais utiles quand même, ces moustiques dont les pontes flottent en surface. Explications et métamorphoses.

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A première vue, le moustique, diabolique invention de la nature, ne sert à rien. Erreur! C’est un maillon essentiel dans les chaînes alimentaires. A l’état de larve, de nymphe ou d’adulte volant et « vuvuzelant » , il est ingurgité par un nombre énorme de prédateurs, transférant de l’eau à la terre d’importantes quantités de biomasse.
Le fameux bourdonnement, synonyme de nuits blanches, est produit exclusivement par les femelles. Il permet aux mâles de les repérer. D’ailleurs, une fréquence différente de cette musique est caractéristique de chaque espèce, ce qui permet d’éviter les croisements contre nature.

Accouplement de Culex pipiens. / © Gilbert Hayoz

Une vie de larve

Chez la plupart des moustiques, l’accouplement a lieu peu de temps après l’émergence des adultes. A partir d’un stock de spermatozoïdes recueilli au cours d’un seul accouplement, la femelle réalisera généralement une à quatre pontes au cours de son existence.
La génitrice pondra une quantité d’œufs proportionnelle aux protéines accumulées, 20 œufs seulement à défaut de sang contre jusqu’à 200 après une piqûre nutritive! La ponte est déposée à la surface d’eaux stagnantes où elle forme un petit radeau. Une flaque ou une coupelle de pot de fleur suffit.

Une femelle de Culex pipiens pond entre 20 et 200 œufs. / © Gilbert Hayoz

Après un à deux jours, en fonction des conditions météorologiques, les œufs donnent naissance à des larves aquatiques. Pour sortir de son œuf, tête en bas, l’embryon contracte sa gorge. Le sang afflue dans la tête, qui grossit et bute contre la paroi de l’œuf. Percée par une épine faîtière, l’enveloppe s’ouvre vers le bas.

Filtreurs d’eau

Une fois dégagée, la larve remonte vers la surface pour respirer, grâce à un siphon placé au bout de son abdomen. A la moindre alerte, les minuscules brindilles plongent au fond de l’eau avant de reprendre leur posture verticale, accrochées à la surface par une minuscule couronne de poils hydrofuges, en forme d’étoile. Egalement équipées de branchies, elles n’ont pas besoin de se presser pour renouveler leur provision d’air.

Les embryons possèdent une sorte de pointe sur la tête qui leur permet de percer l’enveloppe de l’œuf pour s’en extraire. / © Gilbert Hayoz

Pour se nourrir, la larve utilise deux grands éventails de soies qui battent alternativement et créent un courant. Celui-ci entraîne vers elle les particules en suspension dans l’eau. Les pièces buccales s’emparent de ces matières animales ou végétales, laissant retomber en fragments ce qui n’est pas comestible pour elle. Et voici enfin révélé le deuxième grand bienfait que prodiguent les moustiques à la planète : filtrer les milieux aquatiques avec une efficacité inégalée : deux litres par larve et par jour!

Couverture de La Salamandre n°199

Cet article est extrait de La Salamandre
n° 199
Août - Septembre 2010
Article N° complet

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