Nectar urbain

L'apiculture urbaine a le vent en poupe. / © Gilles Cohen

L'urbanisation du XXe siècle a conduit au déclin des ruches dans les villes et les villages. Aujourd'hui, le miel citadin fait une réapparition remarquée. Décryptage.

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Bzzzz... Le bourdonnement des abeilles redevient d'actualité dans les villes de Suisse romande. Ce retour des ruches dans les centres urbains est un phénomène d'ampleur internationale. A Londres, New York ou Berlin, les toits de bâtiments de plus en plus nombreux abritent depuis quelques années de nouveaux ruchers. Les initiateurs de cette résurrection ? Des apiculteurs qui se sont découvert une passion sur le tard ou d'anciens producteurs qui trouvent là de nouveaux terreaux fertiles.

Biodiversité renforcée

Ce n'est pas forcément pour leur action pollinisatrice qu'on se réjouit de l'arrivée de ces insectes dans les agglomérations. « La présence des abeilles domestiques n'est pas indispensable à la pollinisation des fleurs urbaines » , admet Rose Aubry, responsable du contrôle du miel pour le canton de Neuchâtel. « Une grande diversité d'abeilles sauvages assure déjà ce travail. » L'intérêt est ailleurs.
Claude Pittet voit d'un bon œil l'évolution actuelle. D'après l'inspecteur des ruchers du canton, l'installation de ruches urbaines pourrait contrecarrer la diminution des apiculteurs constatée ces dernières décennies. « L'effondrement des ruches, le vieillissement de la population et la perte d'intérêt manifestée pour cette activité se font nettement sentir » , regrette-t-il.

Bon voisinage

Si essor il y a, des freins peuvent toutefois limiter les envies d'installation de ruchers. Au Crêt-du-Locle, la peur de la population face aux piqûres, aux crottes salissantes et aux allergies a carrément obligé le service d'hygiène à en démanteler un. A Neuchâtel au contraire, huit ruches sont installées depuis quinze ans dans un terrain vague de la rue des Parcs, « sans aucun problème avec la population locale », précise François Brunet, l'apiculteur vaudois qui en est propriétaire. Claude Pittet confirme : « Une coexistence pacifique est tout à fait concevable. Elle peut être facilitée par la sélection de lignées d'abeilles peu agressives. » Ailleurs en Suisse romande, comme à Genève ou à Lausanne par exemple, l'expérience est concluante. « Douze ruches sont aménagées dans le chef-lieu vaudois depuis peu, notamment sur les toits de l'administration communale » , se félicite Raphaël Despont, inspecteur des ruchers.

Alvéoles de couvain (operculées en jaune) et alvéoles remplies de miel (contenu brillant) / © Paul Starosta

Banquiers du miel

L'avantage des villes par rapport aux zones de culture ? Une plus forte diversité de fleurs qui garantit une nourriture variée et répartie sur une longue durée. Les abeilles concoctent un produit différent du miel de campagne, ce qui lui confère un goût inhabituel. « On assiste à un décalage paradoxal : le miel polyfloral est de plus en plus difficile à produire à la campagne en raison des monocultures. Le miel urbain atteint dès lors une qualité exceptionnelle » , se réjouit François Brunet. Pour l'anecdote, le précieux miel de ville est devenu un produit raffiné et recherché. Celui de l'Opéra de Paris, en production depuis trente ans, se vend 120 euros le kilo !
Quant à la pollution, aucun souci : les métaux lourds ne sont pas transmis au miel, car les abeilles constituent une sorte de filtre empêchant toute contamination.

Dernière initiative en date, à Genève, des associés ont constitué une banque du miel en 2010. L'installation de ruchers en ville est financée grâce à l'argent déposé par les coopérateurs et les récoltes partagées de manière proportionnelle. Pas de quoi créer des fortunes, certes. Mais cela témoigne d'un échange équitable entre hommes et butineuses et enrichissant pour les banquiers comme pour les clients.

Larve d'abeille parasitée par des varroa / © Paul Starosta

La crise des alvéoles

L'abeille européenne ou domestique, qui vit des temps difficiles depuis plusieurs années, a beaucoup souffert en 2011, année la plus chaude depuis 150 ans. Le varroa, l'une des principales causes du déclin d' Apis mellifera , s'est particulièrement développé dès le printemps. Cet acarien asiatique vecteur de nombreux virus est arrivé en 1984 en Suisse. Il se reproduit dans le couvain et se nourrit de l'hémolymphe des futures abeilles, même avant qu'elles soient nées. En cas de trop forte infestation, les insectes naissent sans ailes et la colonie meurt. Sans traitement adéquat, une ruche attaquée est condamnée, ce qui explique la disparition quasi totale des colonies d' Apis mellifera sauvages.

Plus d'infos

Société romande d'apiculture

La banque du miel

Salamandre n°185 La révolution des abeilles

Notre film Les abeilles, miel ou déconfiture signé Daniel Auclair dans notre trilogie de films consacrée au jardin

Couverture de La Salamandre n°208

Cet article est extrait de La Salamandre
n° 208
Février - Mars 2012
Article N° complet

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