Narcisse au pays des merveilles

Narcissus poeticus et N. radiiflorus saupoudrent pour quelques semaines les coteaux ensoleillés des Pléiades. / © Stephan Gürtler

Au sommet des Pléiades, entre mai et juin, on peut passer d'une neige à une autre. Excursion inoubliable au milieu des pétales du blanc narcisse.

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Derrière les vitres du train à crémaillère, les quartiers huppés des coteaux veveysans s'effacent pour laisser place aux bosquets et pâturages qui coiffent Les Pléiades. Cette lente ascension donne le sentiment étrange de remonter le temps. L'hiver, déjà oublié en plaine, a choisi de camper 1000 m plus haut. Au terminus, la porte s'ouvre devant un décor enneigé. La bise des Préalpes susurre aux oreilles qu'il ne faut pas oublier les Saints de glace. Quelques flocons virevoltent silencieusement. Un pinson frigorifié essaie de se convaincre en chantant que le printemps est là, caché derrière l'épais rideau de brouillard. Qui croire ? Vue bouchée et ambiance glacée ont au moins le mérite de repousser l'arrivée en masse des touristes.

Les pinceaux du soleil

Le chemin serpente en longeant une crête. Au fil de la descente, le tapis de neige s'effiloche et forme une mosaïque avec le sol boueux. Un liseré couleur miel finit par se dessiner sur une courbe de nuage. Le soleil. En vrai artiste, l'astre bienveillant redonne des couleurs au paysage. Vert pour les herbes, bleu pour le ciel… les taches de pigments grandissent à vue d'œil.
Plus bas, une neige laisse place à une autre. La célèbre neige de mai, hommage à l'hiver qui s'essouffle ! Les pâturages sont couverts à perte de vue de millions de narcisses. C'est un spectacle incroyable, comme si toutes les étoiles du ciel étaient tombées sur l'herbe tiède.

Ô miroir, mon beau miroir

Les fleurs semblent s'incliner sur le vertigineux miroir du Léman au pourtour incrusté de montagnes. On pourrait croire qu'elles s'admirent avec leur unique œil doré. Un mythe ne raconte-t-il pas que Narcisse, l'un des plus beaux hommes de Grèce, était tombé amoureux de son reflet ?

Le chemin quitte ces coquettes et d'autres fleurs se joignent à la danse. Orchidées et trolles dans la mi-ombre des sous-bois, renoncules et pissenlits sur les prairies engraissées par le bétail, et là, un gazon ennuyeux à côté d'une résidence secondaire. La différence entre les compositions florales saute aux yeux. La fragile neige de mai n'est pas éternelle : son sort dépend aujourd'hui d'humains aux intérêts très divergents. Un pouillot de Bonelli sonne la pause de midi. Il est temps de rejoindre la maisonnette en tavillons de celle qui veille justement sur les narcisses du coin…

Eclairage par Claire-Lise Vuadens

Pléiades, narcisse au pays des merveilles

Claire-Lise Vuadens

Claire-Lise Vuadens

Infirmière de formation, naturaliste autodidacte

  • 1938 Naissance à Blonay Années
  • 1970 Active dans le cercle de Sciences naturelles de Vevey-Montreux et à Pro Natura
  • 1994 Lance un cri d'alarme sur la situation des narcisses à la suite duquel Montreux mandate une étude
  • 1999 Rejoint l'association Narcisses Riviera
  • 2003 Responsable du Sentier de l'Ermite

Dans sa maison de fée en contrebas des Pléiades, Claire-Lise Vuadens sort une pile d'archives joliment calligraphiées dont elle commente les photos. « Avec notre classe d'école, on remplissait des cartons de narcisses sur commande d'un garagiste, tant il y en avait ! » Depuis, cette native de Blonay a vécu les mutations du paysage, remarqué que le coucou s'est tu, mais évité avec succès la disparition du gobemouche noir en lui installant des nichoirs. Et les narcisses ? « Depuis les années 1960, ce symbole de la région a régressé de moitié. » Un constat amer qui sera le point de départ d'une longue lutte.

« Le narcisse possède des graines trop lourdes pour le vent. A l'époque, il avait le temps de les livrer à ses pieds avant d'être fauché à la main. » La fleur et sa descendance, ainsi clouées sur place, sont désormais à la merci des lames de tondeuses et du bétail qui pâture trop tôt. « Les bovins piétinent aussi les bulbes de cette vivace et engraissent les sols au détriment de nombreuses fleurs. » Stopper l'agriculture n'est pourtant pas la bonne solution. « Le narcisse souffre aussi de l'ombre amenée par le reboisement consécutif à la déprise agricole. » Avec une énergie sans cesse renouvelée, Claire-Lise Vuadens sensibilise les politiques, propriétaires et paysans à cette disparition. « Même si les édiles ont compris sa valeur touristique et si des subventions encouragent les paysans à monter leur bétail plus tard, les enjeux et intérêts sont trop nombreux. » En attendant leur protection, les narcisses survivent sur les parcelles de particuliers farouchement bienveillants.

Itinéraire

Accédez à la carte détaillée de cette balade dans le PDF en bas de page.

distance: 5 km

dénivelé: 191 m en montée

durée: 2h00

  • (1) Depuis la gare des Pléiades, profiter de faire une boucle pour admirer la vue depuis le sommet (2).
  • Retrouver la gare (1), traverser les voies pour rejoindre le départ du parcours qui longe la crête de Bondenoces.
  • (3) Le chemin quitte la crête par la gauche.
  • (4) Arrivé aux Conversions, suivre la route goudronnée à droite indiquée par un panneau « narcisses ».
  • (5) Arrivé à un replat, tourner à droite direction Lally. Traverser les Tenasses sur le sentier de rondins.
  • Poursuivre jusqu'à la gare des Pléiades (1) ou de Lally.

Accès en transports publics

Depuis Vevey, prendre le Train des étoiles à crémaillère qui fait toutes les heures la navette entre Vevey et Les Pléiades via Blonay. Descendre au terminus, départ de l’escapade. Durée du trajet : 40 minutes. goldenpass.ch

Manger & dormir

Hôtel-Restaurant des Pléiades +41 21 943 11 23,

Hôtel-Restaurant du Signal +41 21 943 17 71,

Restaurant de La Châ +41 21 943 14 76,

Divers refuges pour grands groupes

Matériel & règles d'or

  • Rester sur l’itinéraire balisé.
  • Ne pas piétiner ni cueillir les narcisses.
  • Ne pas consommer les oignons toxiques des narcisses.

Ailleurs dans la région…

A) Vallon de la Veveyse Au départ de Châtel-St-Denis, la Veveyse a creusé son lit dans un charmant vallon boisé avant de se jeter dans le Léman. Familles et écoles sont invitées à réfléchir sur la santé et l'environnement via un parcours longeant la rivière sur 5 km.

B) Cape au Moine Ce sommet des Préalpes fribourgeoises est situé sur la ligne de partage des eaux entre mer du Nord et Méditerranée. Ses roches calcaires qui datent du jurassique se prolongent sur l'impressionnante arête des Verreaux réservée aux pieds entraînés.

C) Château de Blonay Cette propriété de l'influente famille de Blonay trône depuis 1175 entre vignobles, prairies et vergers. Les nombreux éléments de fortification qui ont été ajoutés depuis le XVe s., puis parfois retirés, en font un patchwork architectural. Seule la tour carrée du donjon est d'origine.

Pléiades, narcisse au pays des merveilles

Train à vapeur historique du musée Blonay-Chamby / © Alain Candellero / BC

D) Musée Blonay-Chamby Les bénévoles du musée vous accueillent à bord de trains à vapeur historiques les week-ends de mai à octobre. Le musée compte quelque 70 véhicules ferroviaires construits dès 1870. Cette collection est l'une des plus complètes d'Europe.

E) Rochers de Naye On peut joindre ce sommet depuis Les Pléiades par la traversée panoramique des Hauts du Vallon de Villard. Juché à 1980 m entre deux crêtes, un jardin alpin plus que centenaire présente de très nombreuses espèces botaniques.

Envie d'autres horizons ? Visitez notre page balades.

En cours de promenade, vous traverserez les marais des Tennasses. Des panneaux didactiques vous attendent... et quelques belles plantes carnivores dont la sarracénie!

Couverture de La Salamandre n°233

Cet article est extrait de La Salamandre
n° 233
Avril - Mai 2016
Article N° complet

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