Moustiques sans frontières

Article extrait du dossier Moustique, ennemi public?
Les femelles de Culex pipiens, comme celles de la plupart des autres espèces, sont hématophages. Elles se nourrissent du sang d’autres animaux pour développer leurs œufs. / © Gilbert Hayoz

L’animal le plus meurtrier au monde est devenu très mobile. Par la multiplication de nos échanges commerciaux, les porteurs potentiels d’agents pathogènes arrivent chez nous.

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Qu’ils soient vecteurs de virus, de larves de nématodes ou de protozoaires, les moustiques ont transformé certaines régions en véritables no man’s land. Le paludisme, transmis via les moustiques Anopheles, a sévi dans la quasi-totalité du monde jusqu’au siècle dernier. La fièvre jaune, véhiculée par des Aedes, a forcé les Français à abandonner la construction du canal de Panama au début du XXe siècle après la mort de 22’000 hommes.

Il a fallu contrôler les populations de moustiques, parfois les éliminer. Le drainage et l’assèchement des marais en Sologne, autour du bassin méditerranéen ou dans la plaine du Rhône, ont contribué au cours du siècle passé à l’éradication du paludisme en Europe. Victoire !

Aujourd’hui, par le biais de nos innombrables déplacements et le transport de nos marchandises, les quelques espèces de moustiques vecteurs de maladies graves, comme Aedes albopictus, ou Aedes japonicus , transmetteurs de la dengue, du chikungunya ou de diverses encéphalites, font ponctuellement leur entrée sous nos latitudes. Le réchauffement pourrait faciliter leur invasion de toute l’Europe occidentale.

Soins élargis au Sud ?

La menace est prise très au sérieux. Les conférences et rencontres internationales s’enchaînent. On s’échange des données, récoltées sur le terrain au terme de plusieurs années de lutte. L’épidémie de chikungunya en 2007 à Ravenne, en Italie, a donné un sérieux coup de pouce aux autorités sanitaires, notamment tessinoises et françaises. Avec l’infection brutale de 300 personnes, les politiciens n’ont pas pu continuer à ignorer le problème.

A toute chose malheur est bon. Le retour ou l’irruption de ces « maladies des pauvres », ou du moins de leurs porteurs d’agents pathogènes, pourrait activer la recherche pharmaceutique en matière de vaccins et de traitements efficaces qui parviendraient enfin aux plus démunis de la planète. Car, jusqu’à aujourd’hui, les grands laboratoires sont restés plus que retenus devant ces problématiques cantonnées aux zones subtropicales.

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Paludisme: On recense quatre formes du protozoaire Plasmodium. La malaria, transmise par les anophèles, cause la mort d’un million de personnes par an, surtout des enfants vivant sur le continent africain. La moitié de la population mondiale est concernée par ce fléau, parfaitement soignable. Près de 250 millions de personnes sont infectées chaque année.
Fièvre jaune: 200’000 nouveaux cas par an, 30’000 morts. Voilà le bilan du virus amaril, endémique en Afrique et en Amérique du Sud et transmis par certains Aedes. Le mal est incurable. Il a progressé depuis 20 ans en raison de la baisse de l’immunité des populations, de la déforestation, de l’urbanisation, des mouvements de population et des changements climatiques.
Chikungunya: Cet alphavirus se transmet à l’homme via des moustiques Aedes, et notamment le moustique tigre. D’abord asiatique et africaine, la maladie s’est propagée en Europe et sur le continent américain. Une flambée a été enregistrée en 2006 à La Réunion et en 2007 en Vénétie. Les symptômes : de terribles douleurs articulaires et de fortes fièvres. Le paracétamol est utilisé pour atténuer ces maux. Un vaccin est en test.
Dengue: Transmise par des Aedes, cette grippe a progressé de manière fulgurante ces dernières décennies. Les deux cinquièmes de la population mondiale sont concernés, avec quelque 50 millions de nouveaux cas par an. Des complications de cette maladie infectieuse, la dengue hémorragique, sont mortelles. Il n’y a aucun traitement spécifique.
Filarioses lymphatiques: Les malades, infectés par des moustiques Culex, Anopheles et Aedes, souffrent de difformités et d’invalidités graves. Cent vingt millions de personnes, dans 80 pays d’Afrique, d’Amérique latine et d’Asie habitent des zones à risque. Quarante millions d’entre elles sont touchées, notamment par sa manifestation la plus redoutée : l’éléphantiasis.
Encéphalites: Ces inflammations du cerveau existent sous diverses formes transmises par les moustiques, Culex ou Aedes. L’encéphalite de Saint Louis doit son nom à une importante épidémie qui se déclara en 1933 dans cette ville des USA. L’encéphalite japonaise est endémique ou épidémique dans certaines régions d’Asie. Entre 30’000 et 50’000 nouveaux cas sont signalés chaque année.

Et le sida ?

Le VIH n’est pas transmis par les moustiques, contrairement à une idée tenace. Seuls du sang ou du sperme infectés peuvent contaminer un individu et le rendre malade. Or, les moustiques n’utilisent pas le même canal pour sucer le sang et pour injecter leur salive anticoagulante. Par ailleurs, le sang avalé est digéré en moins de 24 heures par la femelle et détruit par ses enzymes. Enfin, la charge virale comprise dans la goutte pompée par le moustique serait bien trop faible pour une transmission à un autre individu.

La propagation

Pour être transmis, un virus – dengue, chikungunya ou fièvre jaune – doit transiter par une femelle moustique, qui joue son rôle de transmetteur lors du repas sanguin. Une fois dans son estomac, le virus s’échappe pour se reproduire et éviter d’être digéré. Il se taille un chemin dans la paroi stomacale et gagne les glandes salivaires. La femelle transmettra sa salive contaminée lors de la prochaine piqûre à un animal ou à un homme.

Couverture de La Salamandre n°199

Cet article est extrait de La Salamandre
n° 199
Août - Septembre 2010
Article N° complet

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