Dame de pique

Article extrait du dossier Moustique, ennemi public?
Les femelles de Culex pipiens, comme celles de la plupart des autres espèces, sont hématophages. Elles se nourrissent du sang d’autres animaux pour développer leurs œufs. / © Gilbert Hayoz

Elle pique, la femelle moustique. Mais elle ne fait pas que ça. En plus de perpétuer l’espèce au cours d’un cycle de vie passionnant, elle pollinise ou, à l’état de larve, elle filtre l’eau. Si si, la petite vampire a bien sa place dans l’écosystème !

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La nuit est douce, vous glissez avec insouciance dans le sommeil. Bzzzzzzz. Pas de chance, un moustique ! Armé d’une pantoufle, vous partez à la chasse à l’intrus. Ou plutôt à l’intruse, puisque seules les femelles piquent. Le caprice de celles-ci, fraîchement fécondées, ce ne sont pas les fraises. Leur impérieux besoin de pondre réclame du sang humain ou animal. Les protéines prélevées permettront d’engendrer des œufs résistants.
Un conseil aux brandisseurs de charentaise : mieux vaut laisser l'insecte terminer son repas. Après un envol lourdaud – elle peut avaler plus que son propre poids –, la femelle digérera dans son coin. Alors que, dérangée durant son festin, elle reviendra à la charge jusqu’au remplissage total de son estomac.

Phase d’approche

On sait fort bien aujourd’hui ce qui attire les moustiques : nos dégagements de gaz carbonique, nos odeurs, notre chaleur et nos mouvements. Par la transpiration ou la respiration, le CO 2dégagé fournit une piste chimique que la femelle suit grâce à la sensibilité de ses antennes, parfois sur des dizaines de mètres ! Arrivée à proximité de son but, elle détecte les acides gras, comme l’acide butyrique ou lactique, émis par notre sudation et modifiés par les bactéries qui grouillent sur notre peau. Ce sont celles-ci qui créent quantité d’odeurs : près de 350 ont récemment été identifiées par des chercheurs américains.

Nos mouvements, par les vibrations de l’air qu’ils produisent, peuvent aussi conduire les moustiques à notre peau. Une fois posées, les bestioles repèrent la présence d’un vaisseau sanguin grâce à des thermocapteurs : elles sont capables de percevoir des différences de quelques dixièmes de degré en fonction de la proximité ou non d’un capillaire.

Le mythe du sang sucré

Contrairement aux idées reçues, tout le monde se fait piquer. Rien à voir avec la quantité de sucre présente dans le sang ! Par contre, il est exact que certains individus sont plus attirants que d’autres : les femmes enceintes, de par leurs hormones modifiées et la production accrue d’œstrogènes, ou les personnes émettant beaucoup de 4-méthylphénol, une molécule présente dans la sueur qui excite particulièrement les récepteurs des piqueuses. Enfin, ces dernières repéreront plus vite un corps à la température plus élevée qu’un autre.

Aïe, Ouille, ça gratte !

La piqûre elle-même ne génère pas vraiment de démangeaison. Tout au plus un picotement ou un échauffement local, difficilement perceptibles. Notre corps réagit lorsque la femelle moustique injecte sa salive, qui contient un anticoagulant gardant le sang liquide. Nos mastocytes, des cellules spécialisées situées dans la couche inférieure de la peau, sécrètent alors de l’histamine. C’est ce composé chimique qui est responsable de la démangeaison et des rougeurs. Pour se soulager, on se gratte, envoyant au cerveau un message qui parasite la sensation de démangeaison. Un sursis qui se révèle hélas souvent de courte durée.

© Ambroise Héritier

Courage, fuyons

C’est à l’arrêt que petit vampire vous piquera. Car même en marchant, vous irez plus vite que ses 3,2 km/h de vitesse de pointe. En comparaison, la mouche vole deux fois plus vite, le taon et la guêpe font du 22 à l’heure. L’abeille peut atteindre 30 km/h. Record pour les insectes , la libellule : 80 km/h !

Couverture de La Salamandre n°199

Cet article est extrait de La Salamandre
n° 199
Août - Septembre 2010
Article N° complet

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