Mon sorcier bien-aimé

Article extrait du dossier Les pouvoirs du sureau
Sureau noir en fleurs, sous la lune / © Laurent Willenegger

Le sureau noir aime les ruines et les terres fertilisées. Autrement dit, il apprécie le voisinage de l’homme. Pourquoi est-il si proche et si présent par ses parfums, son odeur, ses présents ? Début de réponse.

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Le sureau est noir en été, blanc au printemps. Ses feuilles sont nauséabondes mais ses fleurs parfumées. Le concentré de ses baies soigne une mauvaise grippe alors qu’une poignée de fruits crus tordent de douleur. Et, sans gêne, l’arbre s’impose à l’homme, poussant à côté de sa demeure. Les Celtes ont été les premiers à attribuer des pouvoirs surnaturels à cet être double.

Chez les Celtes

Le monde végétal était sacré dans la civilisation celtique. Les racines enfoncées dans la terre et la cime orientée vers le ciel, l’arbre établissait le lien avec le divin.

Peut-être à cause de ses baies noires ou parce qu’il est l’un des derniers à perdre ses feuilles, le sureau symbolisait la mort, le passage vers l’autre monde. Les ombelles blanches du printemps incarnaient les esprits des défunts. C’est au son de flûtes taillées dans du bois de sureau que les druides communiquaient avec l’au-delà. Arbre de la mort, arbre de la vie, le sureau servait de refuge aux divinités maternelles et protectrices. On lui attribuait la 13ème et dernière place du calendrier, soit la période allant approximativement du
28 novembre au 24 décembre.

Maléfices médiévaux

De la double symbolique des Celtes, les chrétiens n’ont retenu que la mort, œuvre de Satan. Pour son malheur, le sureau était associé au chiffre 13. Il n’en a pas fallu plus pour que l’arbuste devienne maléfique. Sa réputation a d’autant plus souffert que Judas aurait choisi de se pendre à son bois. On raconte d’ailleurs que les baies de sureau sont immangeables depuis cet événement. Pour ne rien arranger, l’arbre blanc au printemps et noir en été ose se parer à la fois des attributs du Bien et du Mal. Démoniaque à coup sûr !

Ainsi, au Moyen Age, le sureau noir est devenu l’instrument des puissances occultes. La flûte enchantée des druides s’est transformée en bâton de sorcier, utilisée pour ensorceler le bétail et jeter des sorts. Celui qui s’endormait au pied du buisson maudit risquait de ne plus jamais se réveiller.

Puissant buisson

Que reste-t-il aujourd’hui de ces croyances ? Suivant les régions, le sureau est évité ou invité. Dans l’est et le nord de l’Europe, l’arbre a gardé ses vertus protectrices. En Suède, les femmes enceintes l’embrassent. En Russie, il éloigne les mauvais esprits.
A l’ouest, par contre, on le considère comme un poison. On oublie sa valeur. Sans crainte ni respect, on coupe, on arrache ou on dénigre l’arbre aux fées.

Baguette magique

Pour confectionner un bâton de sorcier, il vous faut :

  • les yeux d’un jeune loup
  • la langue et le cœur d’un chien
  • 3 cœurs d’hirondelle
  • 3 lézards verts

Sécher le tout au soleil entre deux papiers, puis remplir une branche de sureau creuse avec le mélange en terminant par 7 feuilles de verveine cueillies la veille de la Saint-Jean et une pierre multicolore trouvée dans un nid de huppe.
Selon les grimoires consultés, ce bâton protège le voyageur des périls de la route, ensorcelle le bétail ou sert à tracer des cercles sur le sol avant de cueillir les plantes médicinales. Faites-en bon usage !

Mal vue

Dans l’est de la France, la tradition de l’arbre de mai voulait que les jeunes hommes déposent un rameau devant la porte des jeunes filles à marier durant la nuit du 30 avril au 1er mai. Chaque plante a une signification : du charme voulait dire « tu me charmes », sapin rimait avec « tu es une putain », sureau « tu as les bras creux », pour signifier à la destinataire qu’elle était mauvaise travailleuse. Un message sans doute inspiré par la nature du bois de cet arbuste.

Plus d'infos sur le bois du sureau et son usage.

Tonnerre

En Scandinavie, le sureau est le serviteur de Thunar, dieu du Tonnerre. On implore sa protection contre la foudre.

Ames en fleur

En Autriche, on pose au printemps des croix de sureau sur les tombes. Si elles fleurissent, c’est signe que les âmes ont rejoint le paradis.

Et vlan !

Vous soupçonnez votre voisin d’être un sorcier jeteur de sort ? Pendez votre veste au portemanteau et frappez-la avec une branche de sureau. Les coups atteindront simultanément le dos et les fesses de l’ensorceleur.
On raconte qu’en 1867 deux armaillis de la Gruyère peinaient à fabriquer le fromage. Impossible de faire prendre la pâte ! Ils en étaient sûrs : on leur avait jeté un sort. Pour conjurer le maléfice, l’un pendit son habit et le fouetta avec un bâton de sureau. Bientôt son compagnon, homme bon et compatissant, lui a crié de cesser, sans quoi le jeteur de sort qui vivait quelque part dans ces montagnes pourrait mourir sous les coups.

Couverture de La Salamandre n°193

Cet article est extrait de La Salamandre
n° 193
Août - Septembre 2009
Article N° complet

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