Quand les rapaces s’effacent

Article extrait du dossier Le milan noir, messager du soleil
« 9 juillet - Dortoir sur le Rhône. 20 milans noirs. » / © Pierre Baumgart

A peine terminé l'élevage des jeunes, les adultes sont sur le départ. L'été ne parviendra pas à retenir les milans noirs.

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Deux ou trois semaines après les premières excursions des jeunes, le nid du grand saule reste le centre de la vie de la famille. On y dort, on y mange. Les adultes continuent à y déposer des proies. Mais pour combien de temps ? Peu à peu, avec l'été qui vient, la cité des milans va s'évanouir. Et Pierre Baumgart conclure sa série de croquis.

Dernières mises au point

Le soir, jeunes et adultes se réunissent pour la nuit dans d'autres arbres situés un kilomètre en aval. On reconnaît les immatures à leur tête claire barrée d'un bandeau noir et à leur queue arrondie comme celle d'une buse. Elle conservera cette forme incongrue pour des milans jusque vers l'âge de trois mois, quand les plumes caudales auront toutes atteint leur longueur définitive.

Les milans noirs se rassemblent, leur départ vers l'Afrique est imminent. / © Pierre Baumgart

Ces rassemblements nocturnes, de même que les bandes de milans qui battent la campagne, annoncent le temps des départs. Il fait beau, la nature grouille d'insectes, les eaux tièdes du fleuve charrient quantité de nourriture. Et pourtant ! C'est dans les moments d'abondance qu'il ne faut pas s'endormir. A la mi-juillet, le départ des milans adultes est imminent. Comme les martinets, ils disparaissent avant l'heure, peut-être pour profiter des ascendances estivales qui les porteront jusqu'au Sahel. Trois ou quatre semaines plus tard, c'est au tour des jeunes de s'en aller. Les milans noirs du nord de l'Europe, nicheurs un peu plus tardifs, fermeront la marche en ordre de plus en plus dispersé jusqu'à fin septembre.
Quand chez nous la longueur des nuits dépassera celle des jours, presque tous les milans planeront dans l'immense ciel africain, ivres de soleil.

Milan noir perché sur une patte / © Pierre Baumgart

L'appel du large

Quelques milans noirs isolés passent l'hiver dans le sud de l'Europe, parfois même en France ou en Suisse. Mais l'écrasante majorité hiverne au sud du Sahara en compagnie du milan parasite, sous-espèce africaine qui leur ressemble comme deux gouttes d'eau. Les oiseaux d'Europe de l'Ouest s'arrêtent pour la plupart au nord du golfe de Guinée, d'abord dans le Sahel, puis de plus en plus au sud au fur et à mesure que se développe la saison sèche.

Les populations orientales rejoignent l'Afrique par le Bosphore ou la côte orientale de la mer Noire. Un jeune individu bagué au nid en juin 1986 en Ukraine est entré en collision avec un avion dix mois plus tard en Afrique du Sud à 8010 kilomètres de son lieu de naissance !

Au moment où la sécheresse épuise les ressources en Afrique de l'Ouest, c'est la fin de l'hiver en Europe. Cette heureuse coïncidence dans l'alternance des saisons déclenche les migrations. Quant aux milans parasites africains, encore plus proches et plus dépendants des hommes que leurs cousins d'Europe, ils vivent eux aussi des mouvements saisonniers.

Couverture de La Salamandre n°208

Cet article est extrait de La Salamandre
n° 208
Février - Mars 2012
Article N° complet

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