Attente et inquiétude

Article extrait du dossier Le milan noir, messager du soleil
La femelle milan noir couve, immobile toute la journée. / © Pierre Baumgart

Les femelles milans noirs couvent, les mâles surveillent, car les terribles corneilles ne sont jamais très loin.

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Aux premiers jours du printemps, les milans sont d'autant plus démonstratifs qu'ils nichent proches les uns des autres. La colonie a ses grands calmes et ses phases d'intense excitation où – sans qu'on sache toujours pourquoi – tout le monde vole pendant quelques minutes en tous sens.
Avril s'écoule doucement. Début mai, les appels des milans rythment toujours la vie du fleuve, mais l'effervescence des premières semaines est retombée. Qu'il pleuve, qu'il vente ou qu'un soleil de plomb s'abatte sur la cité, la femelle couve immobile toute la journée.

«5 mai 2011 - La femelle milan couve, change une fois de place, se remet très précautionneusement sur le nid. Elle observe, se toilette, s'endort… dans une belle lumières du soir. » / © Pierre Baumgart

Quant au mâle, soit il pêche non loin de là, soit il se tient en sentinelle dans un arbre, invisible et vigilant. Et puis, il continue régulièrement à amener des branchettes au nid et deux ou trois fois par jour un bout de poisson ou un rat crevé pour sa partenaire. S'il tarde trop, elle l'appelle. Quand rarement elle s'absente, c'est lui qui la relaie debout, un peu penaud, sur leur trésor invisible.

Le mâle milan noir surveille les alentours du nid depuis un arbre. / © Pierre Baumgart

L'autour et la corneille

Qui craignent donc les milans pour ne jamais laisser le nid sans surveillance ? Certainement pas la grive musicienne qui a intégré dans ses strophes flûtées leur hennissement caractéristique ni le martin-pêcheur qui passe tout près comme une fusée.
Non, leurs ennemis héréditaires sont d'abord l'autour des palombes, une sorte d'épervier géant et furtif aux serres hyperpuissantes, capable d'emporter les jeunes ou même de saisir un adulte en plein vol. Et puis la corneille qui personnifie une animosité tenace et quasi générale entre rapaces et corvidés. Surtout quand ils s'y mettent à plusieurs, les oiseaux noirs harcèlent méchamment le rapace en plein vol. Ces accrochages, s'ils se répètent trop souvent, peuvent conduire à l'abandon du nid. De plus, les corneilles n'attendent qu'une minute d'inattention pour fondre sur les œufs des milans ou leurs poussins. A pirate, pirate et demi...

La femelle milan noir est toujours dans le nid, impassible. / © Pierre Baumgart

Bibelots en plastique

Le milan noir est un esthète. Entre deux jeux de séduction, mâle et femelle décorent leur nid avec des papiers et des morceaux de plastique de préférence de couleur claire. Une récente étude montre que ces bibelots sont des signaux visuels qui expriment la vitalité du couple. Au même titre que l'état de leur plumage, ces décorations préviennent d'éventuels rivaux que le lieu est occupé et bien occupé. Il semblerait même que l'abondance d'éléments décoratifs soit directement corrélée avec le poids et le succès reproducteur. C'est vers 10 à 12 ans que les milans au sommet de leur forme accumulent le plus de babioles.

Les aires sont souvent réutilisées d'une année à l'autre, construites en quelques jours, voire démontées pièce par pièce et réaménagées non loin de là. Elles sont situées en haut de grands arbres dans des haies, en lisière ou au bord de l'eau. Rarement, le milan niche sur des rochers ou des pylônes. A Istanbul, il s'est installé sur des mosquées. Une étude alsacienne montre qu'il préfère des arbres stables, de taille imposante et qui présentent une fourche d'au moins quatre branches maîtresses. Voilà qui plaide fortement pour le chêne, mais il aime aussi les saules ou les peupliers.

Couverture de La Salamandre n°208

Cet article est extrait de La Salamandre
n° 208
Février - Mars 2012
Article N° complet

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