Vol pour Bamako

Sous le soleil de décembre, à Bamako, avec les belles-dames / © Sylvain Leparoux (photomontage Jean-Luc Wisard)

En volant à haute altitude, les vanesses poussent leurs antennes jusqu’en Afrique tropicale. Une stratégie risquée mais gagnante pour ces papillons champions.

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A Bamako, au Mali, on est à des années-lumière de l’hiver qui s’abat sur l’Europe. Il fait 25 °C et la saison humide n’est plus qu’un souvenir. Et puis, ici ou là, un observateur attentif peut remarquer des papillons familiers : les belles-dames. Née des pluies chaleureuses de l’été dernier, une végétation sahélienne éparse nourrit cet incroyable micromigrateur. Différents témoignages le signalent encore plus au sud, au Nigeria, au Ghana, en Sierra Leone et même sur les îles du Cap-Vert. Dans l’est de l’Afrique, il atteint l’Ethiopie, l’Erythrée ou le Soudan. Mais qu’est-ce qui le pousse à partir si loin ? Ou plutôt, à venir de si loin ?

Cette belle-dame a perdu de sa superbe. L’innombrables heures de vol au compteur et un âge avancé de quelques semaines, ça ne pardonne pas. Couleur délavée, ailes déchirées, c’est la fin d’une génération arrivée juste à temps en zone tropicale pour se reproduire. Place à la génération d’hiver, la génération Afrique. A la différence du monarque américain, les vanesses n’hivernent pas. La success story de la belle est le fruit d’une reproduction permanente et mobile à travers les continents. / © Sylvain Leparoux

Vivre dans le vent

Question de stratégie ! Les papillons sédentaires, localisés et associés à une plante hôte unique et rare sont extrêmement vulnérables à toute perturbation de leur milieu. La belle-dame a opté pour un plan totalement inverse. Son prodigieux voyage est un pari risqué, mais il lui permet de fuir des conditions qui s’annoncent défavorables pour rejoindre des contrées accueillantes. La vanesse s’adapte en chemin à toutes sortes d’habitats et de plantes hôtes.

De nombreux prédateurs pourchassent en plein vol les belles-dames. Ici un guêpier d’Europe, oiseau migrateur qui peut mettre le beau papillon à son menu chez nous comme en Afrique. / © Sylvain Leparoux

Son anatomie profilée lui permet un vol transcontinental. Quant à sa légendaire légèreté, c’est un atout par vent favorable mais aussi un handicap par vent contraire. Et encore… Si la déportation peut être fatale en mer ou en plein désert, elle ouvre aussi parfois de nouveaux horizons au gré des vents et un brassage génétique bienvenu pour ces papillons. Voilà sans doute pourquoi Cynthia cardui est aujourd’hui le papillon à la plus large répartition au monde.

Etalée au sol le matin, la belle-dame s’expose aux radiations du soleil. L’échauffement de la base épaisse et vascularisée des ailes se transmet au thorax. La perte de chaleur est moins importante si l’abdomen est pointé dans l’axe du vent. A l’inverse, pour lutter contre la surchauffe, le papillon recherche l’ombre et ventilerait davantage. / © Sylvain Leparoux
Couverture de La Salamandre n°222

Cet article est extrait de La Salamandre
n° 222
Juin - Juillet 2014
Article N° complet

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