Même les vers en ont

Article extrait du dossier Tous à poils!
Magnifique mâle de grand paon de nuit / © Gilbert Hayoz

Point commun entre les araignées, les vers de terre et les insectes ? Tous ont des poils en chitine, une substance résistante, souple et imperméable. Portraits.

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Il est né sous le signe du poil, le grand paon de nuit ! Sa vie entière se déroule dans un luxe de soies et de fourrures chargées d'odeurs exotiques. Le plus gros papillon d'Europe ouvre ses larges ailes au crépuscule. Tel une diva vêtue de vison et de satin, il porte une tenue aux tons doux rehaussés de rouge. Les ailes du grand paon de nuit semblent d'une douceur irrésistible. Il faut toutefois éviter d'y toucher, sous peine de déranger la multitude de poils simples ou modifiés en écailles qui les recouvrent. Ce velours fragile contribue au silence de son vol feutré. Ses ornements circulaires sont de faux yeux destinés à effrayer les prédateurs. Les mâles sont coiffés de deux antennes plumeuses bien plus imposantes que celles des femelles.

Emetteurs-récepteurs

A l'aide de ces dernières, aux soies ultrasensibles, le paon mâle capte le parfum des belles de nuit de son espèce. Un aphrodisiaque hélas imperceptible à nos sens. La diffusion de ce philtre d'amour est assurée par des poils abdominaux percés de nombreux trous. Suivant ce fil odorant, le papillon peut parcourir plus de 10 kilomètres. La femelle fécondée déposera ses œufs sur un arbre fruitier. Ces billes nacrées sont alors parsemées de poils soyeux issus de son abdomen.

Bombes puantes

A leur naissance, les chenilles sont d'abord noir d'ébène. En grandissant, elles passent au vert lumineux puis au jaune brunâtre. A ce stade, elles peuvent atteindre 15 centimètres de long et arborent une extravagante parure velue. Chaque anneau de leur corps porte six pyramides charnues qui se terminent par un bouton bleu émail. Ces protubérances sont hérissées de bouquets de poils noirs.
Dans chaque groupe de soies, l'une dépasse largement les autres et s'épaissit en massue à son extrémité. Si on les dérange, les larves sécrètent un poison malodorant au bout de leurs poils. Pour mieux repousser les fâcheux, elles protestent en émettant des sons aigus à l'aide de leurs mandibules.

En fourreau de soie

Au terme de leur croissance, les larves tissent un léger cocon en forme de poire. Ses fils entrecroisés rappellent le crin. Pas un hasard : la composition de cette soie est proche de la kératine qui compose nos cheveux. Douillettement installée, la chrysalide peut se retourner dans l'enveloppe en prenant appui sur les poils raides dont est équipé son abdomen. Un moyen d'éviter les crampes ? Peut-être, car ce n'est qu'au bout de 300 jours qu'elle se métamorphosera en papillon.

Des poils, même les vers en ont

Gros plan sur les poils du bourdon / © Gilbert Hayoz

Hello chitine !

La chitine – prononcer « kitine » – est une longue molécule composée de sucres aminés. Son nom provient de sa fonction : khitôn en grec signifie « tunique ». Chez les insectes, araignées, mille-pattes et autres arthropodes, la tenue des corps est assurée par une enveloppe externe composée de cette matière. Celle-ci peut ensuite être renforcée par d'autres éléments comme le calcaire, qu'on trouve en quantité importante dans la carapace des crustacés. La chitine est aussi présente chez les escargots, les vers de terre, et dans la paroi des cellules de champignons. Sa résistance et sa souplesse en font un matériau idéal pour construire des pilosités. Des poils qui jouent un rôle crucial dans la vie d'animaux comme les papillons, les vers de terre, les araignées ou les abeilles comme ce bourdon.

Lisses, les lombrics ?

Il suffit de caresser un ver de terre pour réaliser que l'expression « nu comme un ver » a ses limites. Dans un sens, le doigt passe sans accroc. Dans l'autre, il perçoit des rugosités. Ce sont les nombreuses soies rigides 1 qui garnissent son corps. Telles les peaux de phoque équipant des skis, elles permettent au ver de terre de progresser dans le sol 2. Les zones d'extension glissent tandis que celles se contractant s'ancrent au sol par les soies.

Le mécanisme du ver de terre en marche / © Laurent Willenegger
Couverture de La Salamandre n°202

Cet article est extrait de La Salamandre
n° 202
Février - Mars 2011
Article N° complet

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